La prédication médiévale (SEM151)
Le séminaire « La prédication médiévale » invite à explorer l’art de la parole chrétienne à travers quatre figures majeures et quatre contextes distincts : le milieu monastique avec saint Bernard de Clairvaux, la prédication d’engagement ecclésial et politique avec l’appel d’Urbain II, l’université médiévale avec saint Thomas d’Aquin, et enfin la prédication mystique avec Maître Eckhart.
Code du cours: SEM151
Professeur : Ma Emmanuel Dumont o.p.La prédication médiévale constitue l’un des lieux privilégiés où se rencontrent théologie, spiritualité, culture savante et vie sociale. Dans l’Occident latin, entre le XIIᵉ et le XIVᵉ siècle notamment, le sermon n’est pas un simple commentaire biblique ni une exhortation morale ponctuelle : il est une forme structurée de parole publique, insérée dans un cadre liturgique ou institutionnel, et orientée vers la transformation de l’auditeur. Comprendre la prédication médiévale, c’est donc entrer au cœur de la dynamique intellectuelle et spirituelle du Moyen Âge.
Ce séminaire propose d’aborder la prédication non pas de manière abstraite, mais à partir de textes précis et de situations concrètes. Il s’agit d’observer comment une parole chrétienne s’élabore, se structure et s’adapte à des auditoires différenciés : moines, fidèles mobilisés pour une entreprise ecclésiale, étudiants d’université, laïcs sensibles à une prédication mystique. À chaque fois, la forme du discours, son vocabulaire, son organisation et ses images varient en fonction du contexte et de la finalité poursuivie.
L’approche retenue est à la fois historique, théologique et rhétorique. Historique, parce qu’il s’agit de replacer chaque prédication dans son cadre institutionnel (monastère, concile, université, milieu urbain). Théologique, parce que le sermon est un lieu d’interprétation de l’Écriture et d’élaboration doctrinale. Rhétorique, enfin, parce que la prédication est un art de persuader et de toucher, qui mobilise des procédés stylistiques précis, des images, des rythmes et des structures argumentatives.
Le séminaire se déploie sur huit semaines, organisées en quatre étapes de deux semaines chacune. Chaque étape est consacrée à une configuration particulière de la prédication médiévale. Cette progression permet de mettre en évidence à la fois l’unité profonde de la tradition homilétique et la diversité de ses expressions.
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La première étape s’intéresse à la prédication dans le cadre monastique. Le monastère constitue un espace où la parole est intimement liée à la lectio divina et à la vie communautaire. La prédication y prolonge la méditation scripturaire et vise la croissance intérieure des auditeurs. L’accent est mis sur l’interprétation spirituelle du texte biblique, sur la transformation du désir et sur l’approfondissement de la vie contemplative. La parole prêchée devient alors un instrument de formation continue, nourrissant à la fois l’intelligence et l’affectivité.
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La deuxième étape explore une autre dimension de la prédication : sa capacité à mobiliser et à orienter l’action collective. Dans certains contextes, le sermon ne se limite pas à édifier intérieurement ; il appelle à un engagement concret. Il s’adresse à une assemblée plus large, parfois hétérogène, et cherche à susciter une décision. Cette configuration met en lumière les liens entre théologie, autorité ecclésiale et enjeux politiques. L’analyse portera sur les stratégies argumentatives déployées pour convaincre, émouvoir et légitimer une action au nom de la foi.
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La troisième étape conduit au monde universitaire. À partir du XIIIᵉ siècle, l’essor des universités transforme profondément la manière de penser et d’enseigner la théologie. La prédication, dans ce contexte, s’articule à la méthode scolastique : définition des termes, divisions structurées, progression logique du raisonnement. Toutefois, cette rationalisation ne supprime pas la dimension pastorale. Le prédicateur universitaire cherche à instruire sans dessécher, à éclairer l’intelligence tout en orientant la vie morale. L’étude de cette configuration permettra de comprendre comment rigueur conceptuelle et souci spirituel peuvent se conjuguer dans un même discours.
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La quatrième étape aborde la prédication dans sa dimension mystique. Certains prédicateurs médiévaux développent une parole qui explore l’expérience intérieure, le rapport immédiat de l’âme à Dieu, le détachement et la transformation de l’être. Cette prédication ne se réduit pas à une spéculation abstraite : elle s’adresse à des auditeurs concrets et cherche à susciter en eux une expérience spirituelle. Le sermon devient alors un lieu où se dit l’intime, où la parole publique tente d’exprimer l’inexprimable. Cette dernière étape invite à réfléchir sur le rapport entre langage, expérience et silence.
Tout au long du séminaire, les étudiants seront invités à pratiquer une lecture attentive des textes. Il ne s’agira pas seulement d’en résumer le contenu, mais d’en analyser la structure, d’en repérer les procédés rhétoriques, d’identifier les références scripturaires et d’interroger les effets recherchés sur l’auditoire. Une attention particulière sera portée à la manière dont le texte biblique est interprété et actualisé : comment un passage précis de l’Écriture devient-il le point de départ d’un développement théologique et d’une exhortation concrète ?
L’enjeu est double. D’une part, acquérir des outils d’analyse rigoureux applicables à d’autres textes médiévaux. D’autre part, comprendre que la prédication est un lieu majeur de créativité théologique. Les sermons ne sont pas de simples applications pratiques d’une doctrine préexistante : ils participent eux-mêmes à l’élaboration de la pensée chrétienne.
En définitive, ce séminaire entend montrer que la prédication médiévale est un observatoire privilégié pour saisir la manière dont le Moyen Âge pense, croit et parle. Par la diversité des figures étudiées et des contextes explorés, les participants découvriront une tradition riche, structurée et inventive, où la parole humaine devient médiation de la Parole divine.
Objectifs
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Comparer les principaux genres homilétiques médiévaux et leurs contextes d’émergence : le séminaire vise à permettre une compréhension structurée des différents types de prédication (monastique, de croisade, universitaire, mystique). Les participants apprendront à situer chaque sermon dans son cadre institutionnel, social et ecclésial.
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Identifier et analyser les herméneutiques bibliques médiévales : les étudiants étudieront les différents sens de l’Écriture (littéral, allégorique, moral, anagogique) et leur mise en œuvre concrète dans les sermons. Ils apprendront à distinguer les niveaux d’interprétation et à comprendre leur articulation dans un discours théologique cohérent.
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Examiner la structure et la progression argumentative d’un sermon : à travers une lecture méthodique des textes, les participants analyseront la composition interne des homélies. Cette approche développera une attention précise aux procédés de construction du discours.
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Identifier les procédés rhétoriques et stylistiques employés par les prédicateurs : le séminaire permettra d’étudier l’usage des figures de style, des images bibliques, des contrastes, des répétitions et des appels affectifs.
- Développer une capacité d’analyse critique articulant sources et recherche contemporaine : les participants seront invités à confronter les textes médiévaux aux travaux scientifiques proposés.
Acquis pédagogiques
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Maîtriser l’analyse textuelle d’un sermon médiéval : à l’issue du séminaire, l’étudiant saura identifier la structure d’un sermon, en dégager la thèse centrale et analyser les moyens argumentatifs mis en œuvre.
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Comprendre les enjeux théologiques et pastoraux de la prédication : les participants auront acquis une vision nuancée de la prédication comme acte théologique inscrit dans une situation historique déterminée.
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Situer une homélie dans son contexte historique et institutionnel : l’étudiant sera capable d’articuler analyse interne du texte et compréhension du contexte (monastique, conciliaire, universitaire, mystique).
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Formuler une réflexion argumentée à l’écrit et à l’oral : grâce aux contributions régulières et aux échanges, les participants développeront leur capacité à structurer un propos critique, à dialoguer avec d’autres analyses et à justifier leurs interprétations.
Modalités d’évaluation
L’évaluation repose sur un engagement régulier et argumenté tout au long des huit semaines du séminaire :
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Contributions écrites : pour chacune des quatre étapes, chaque participant rédige une contribution d’environ 4 000 caractères (espaces compris).
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Participation aux discussions : durant la deuxième semaine de chaque étape, les étudiants interviennent sur le forum afin de commenter et approfondir les contributions de leurs pairs. La qualité du dialogue et la capacité à articuler réflexion personnelle sont déterminantes.
