Peinture/sculpture. Femmes artistes, dans l’ombre de leur partenaire : Sophie Tauber-Arp, Sonia Delaunay, Lee Krasner (SEM121)

Ce séminaire propose d’explorer la trajectoire de trois femmes artistes majeures du XXe siècle – Sonia Delaunay, Sophie Taeuber-Arp et Lee Krasner –, dont l’œuvre a longtemps été éclipsée par la notoriété de leurs compagnons, figures incontournables de l’art moderne. En croisant analyse historique, critique esthétique et réflexion sur la place des femmes dans l’histoire de l’art, il s’agit de redonner visibilité et reconnaissance à des parcours singuliers, riches d’expérimentations et de contributions essentielles aux avant-gardes.
Code du cours: SEM121
Professeur : Phd Laëtitia LevantisDescription
L’histoire de l’art moderne et contemporain est traversée par de grands noms masculins – Robert Delaunay, Hans Arp, Jackson Pollock –, dont l’aura a souvent relégué au second plan leurs compagnes, pourtant artistes à part entière. Ce séminaire entend revisiter cette histoire en mettant en lumière trois figures féminines qui ont su développer une démarche originale, tout en étant engagées dans une relation intime et créatrice avec un partenaire reconnu.
L’étude portera sur Sonia Delaunay (1885-1979), pionnière de l’abstraction et créatrice de l’« orphisme », dont l’œuvre couvre peinture, textile, design et arts appliqués. Aux côtés de Robert Delaunay, elle a participé activement à la naissance de l’avant-garde parisienne du début du XXe siècle, tout en affirmant progressivement son propre style.
Le séminaire se penchera ensuite sur Sophie Taeuber-Arp (1889-1943), figure protéiforme du dadaïsme, du constructivisme et de l’abstraction géométrique. Peintre, danseuse, sculptrice et architecte d’intérieur, elle incarne cette volonté de faire dialoguer les disciplines artistiques. Son rôle dans la conception du décor moderniste de l’Aubette à Strasbourg témoigne de la radicalité de sa pensée esthétique.
Enfin, la dernière partie sera consacrée à Lee Krasner (1908-1984), artiste américaine trop souvent réduite au rôle d’épouse de Jackson Pollock, alors même qu’elle fut une voix importante de l’expressionnisme abstrait. Son œuvre, exigeante et en constante évolution, illustre la difficulté pour une femme artiste de s’imposer dans le milieu new-yorkais d’après-guerre, dominé par des figures masculines.
La méthode de travail alternera cours théoriques, analyses d’œuvres, lectures de textes critiques et discussions collectives. Les étudiant·e·s seront amené·e·s à commenter des œuvres majeures (peintures, sculptures, textiles, décors) en les replaçant dans leur contexte historique, esthétique et culturel. Des documents iconographiques, extraits d’ouvrages et études critiques accompagneront la réflexion, afin de croiser les regards et d’ouvrir le champ de l’interprétation.
Le séminaire s’adresse aux étudiant·e·s en histoire de l’art, philosophie, théologie et sciences humaines, mais il reste ouvert à toute personne curieuse de comprendre le rôle des femmes dans l’histoire des avant-gardes. Il ne s’agit pas seulement d’une initiation à la lecture des œuvres, mais également d’un exercice de déconstruction critique : comment l’historiographie a-t-elle invisibilisé certaines contributions, et comment réécrire une histoire de l’art plus inclusive ?
En retraçant les parcours de Delaunay, Taeuber-Arp et Krasner, ce séminaire invite à interroger les notions de collaboration artistique, reconnaissance, postérité et à réfléchir sur la manière dont la création féminine s’est frayée un chemin dans un univers largement dominé par les hommes.
En résumé, ce séminaire n’entend pas simplement « réhabiliter » trois artistes méconnues, mais montrer combien leur œuvre fut novatrice et déterminante dans l’évolution des arts visuels du XXe siècle. Il invite à dépasser la lecture biographique réduite au rôle d’« épouse » pour redonner à chacune son statut d’artiste à part entière. L’étude comparée de ces trajevctoires permet de mieux comprendre comment s’est construite l’histoire de l’art moderne et pourquoi il est essentiel d’y inscrire la contribution des femmes. En ce sens, le séminaire offre un double apport : une connaissance approfondie des avant-gardes artistiques et une réflexion critique sur l’écriture même de l’histoire de l’art.
Objectifs
- Mettre en lumière la place des femmes artistes dans l’histoire de l’art du XXe siècle : comprendre pourquoi et comment leurs contributions ont été minimisées ou occultées, et analyser les conditions sociales et institutionnelles de cette invisibilisation.
- Étudier de manière détaillée les parcours de Sonia Delaunay, Sophie Taeuber-Arp et Lee Krasner : reconstituer leur évolution artistique, leurs engagements esthétiques et les interactions avec leurs partenaires ou avec les mouvements auxquels elles ont participé.
- Analyser les œuvres dans leur contexte esthétique, culturel et politique : savoir replacer chaque création dans les courants artistiques (cubisme, dadaïsme, abstraction géométrique, expressionnisme abstrait), en soulignant ce qu’elles ont apporté de singulier.
- Développer une approche critique de l’historiographie de l’art : réfléchir sur les biais genrés de l’histoire de l’art, sur les mécanismes de reconnaissance artistique, et sur les stratégies par lesquelles certaines artistes ont pu (ou non) se faire une place.
- Favoriser la discussion et la réflexion interdisciplinaire : offrir aux étudiant·e·s un espace de dialogue sur des questions esthétiques, sociales et philosophiques, et les amener à formuler une pensée critique sur la relation entre art et société.
Acquis pédagogiques
- Capacité à analyser des œuvres d’art moderne sous l’angle du genre et de la reconnaissance artistique : les étudiant·e·s apprendront à interpréter une œuvre en tenant compte de son contexte de production, mais aussi des enjeux liés à la réception et à l’historiographie.
- Connaissance approfondie des grandes figures féminines étudiées : les participant·e·s seront capables de présenter les étapes de la carrière de Delaunay, Taeuber-Arp et Krasner, d’identifier leurs œuvres majeures et de comprendre leur évolution stylistique.
- Compétences en argumentation critique et en analyse comparative : les étudiant·e·s sauront confronter différentes approches, débattre autour des notions de collaboration, de reconnaissance et d’originalité artistique, et défendre une lecture personnelle des œuvres.
- Ouverture à une histoire de l’art élargie et inclusive : l’approche suivie permettra aux étudiant·e·s d’intégrer une dimension critique et réflexive dans leur parcours académique, en comprenant que l’histoire de l’art est toujours en cours de réécriture et doit inclure les voix longtemps marginalisées.
Modalités d’évaluation
L’évaluation du séminaire sera basée sur deux composantes principales :
- Devoir personnel d’analyse : les étudiants devront rédiger un devoir d’une page en réponse à une question posée. Ce devoir mettra en valeur leur capacité à analyser, à formuler une intuition personnelle, et à appuyer leur réflexion par des références bibliographiques et théologiques pertinentes.
- Participation aux forums : la qualité de l’engagement des étudiants dans les discussions de groupe sera évaluée, en mettant l’accent sur leur capacité à écouter les autres, à relier la foi à différents contextes, à apporter des témoignages personnels et à enrichir le dialogue théologique par des contributions approfondies et documentées.