Le deuil et la narration à partir du malade en phase terminale (PHIL063)
Ce cours s’inscrit au croisement de l’anthropologie philosophique, de l’éthique du soin et de la réflexion existentielle sur la finitude humaine. Il prend pour point de départ une réalité universelle et pourtant souvent occultée : l’expérience du deuil et de la fin de vie, qu’elle soit vécue par le malade lui-même, par ses proches ou par les professionnels qui l’accompagnent. Ce cours opte pour une approche résolument interdisciplinaire et pratique : il ne s’agit pas seulement de penser la mort et le deuil de manière abstraite, mais d’examiner comment ces expériences se vivent concrètement, se racontent, se partagent et peuvent être accompagnées.
Code du cours: PHIL063
Professeur : Augustin BADODescription
En mettant au centre la figure du malade en phase terminale, le cours déplace le regard : la mort n’est plus seulement un événement à venir, mais une expérience déjà à l’œuvre, un temps de vie singulier marqué par la vulnérabilité, la dépendance et la quête de sens. Dans ce contexte, la narration — qu’elle prenne la forme de la parole, de l’écriture ou de l’image — apparaît comme un médiateur essentiel pour traverser l’épreuve du deuil, maintenir une continuité identitaire et ouvrir un espace d’humanité partagée. Le cours propose ainsi des repères conceptuels, éthiques et narratifs pour penser et pratiquer un accompagnement respectueux et profondément humain de la fin de vie.
Le cours est organisé en trois grandes parties, qui articulent analyse théorique, étude de situations concrètes et propositions pratiques pour l’accompagnement.
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La première partie est consacrée à la conceptualisation du deuil et de la fin de vie à partir de leurs représentations socioculturelles, psychologiques et philosophiques. Le deuil y est abordé comme une expérience fondamentale de l’existence humaine, indissociable de la condition mortelle. Le cours montre que le deuil ne se réduit ni à un simple ensemble de rites funéraires ni à une réaction psychologique individuelle : il constitue un processus complexe, inscrit dans des cadres culturels, symboliques et religieux variés. À travers l’étude des rites, des croyances et des pratiques sociales, le cours met en évidence la fonction structurante du deuil dans la recherche de sens face à la perte. Il s’appuie également sur des apports issus de la psychologie humaniste et de la logothérapie, notamment pour souligner le rôle central de la signification dans l’élaboration du deuil.
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La deuxième partie se concentre sur les enjeux spécifiques de la fin de vie et de l’accompagnement, en particulier dans le contexte hospitalier. Le cours y analyse les expériences vécues par les malades en phase terminale, leurs familles et les soignants, en montrant que tous sont confrontés, chacun à leur manière, à une forme de deuil anticipé. Des témoignages biographiques et littéraires — tels que ceux de Roland Barthes, Simone de Beauvoir ou Anatole Broyard — permettent d’illustrer la diversité des réactions face à la mort imminente : refus, angoisse, résignation, mais aussi lucidité et désir de transmission. Sur le plan philosophique, le cours mobilise des penseurs majeurs comme Martin Heidegger, Vladimir Jankélévitch et Paul Ricœur pour éclairer la notion de finitude, la dignité du mourir et la responsabilité éthique de l’accompagnant. Cette partie aborde également les soins palliatifs, la souffrance, la douleur et les débats bioéthiques contemporains, en insistant sur la nécessité d’un accompagnement qui ne se limite pas à la technique médicale.
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La troisième partie développe l’axe central du cours : la narration comme ressource thérapeutique et existentielle. Le deuil y est envisagé comme un processus de reconstruction identitaire, dans lequel le récit joue un rôle décisif. Le cours montre comment la narration permet de symboliser la perte, de maintenir un lien transformé avec le défunt et de rendre dicible l’indicible. La parole, l’écriture intime, le récit biographique et même l’image sont analysés comme autant de supports de survivance. Enfin, le cours propose une réflexion originale sur la « narration-méditation », entendue comme une pratique qui ne cherche pas à fournir des réponses définitives à la question de la mort, mais à maintenir une ouverture à l’espérance, comprise comme capacité à continuer à vivre avec la perte.
En proposant une réflexion approfondie sur le deuil et la narration à partir du malade en phase terminale, ce cours offre une contribution précieuse à la compréhension contemporaine de la fin de vie. Il montre que le deuil n’est pas seulement une épreuve à traverser, mais aussi un lieu de sens, de relation et de transformation. En replaçant la parole, le récit et l’écoute au cœur de l’accompagnement, le cours invite à repenser le soin comme une pratique profondément humaine, attentive à la singularité des existences et à la dignité du mourir. Loin de chercher à supprimer l’angoisse liée à la mort, il propose de l’habiter autrement, en ouvrant un espace où la narration devient une forme de survivance et, peut-être, une source d’espérance.
Objectifs
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Comprendre le deuil comme une expérience anthropologique et existentielle : le cours vise à dépasser une vision réductrice du deuil pour en montrer la profondeur humaine, culturelle et philosophique, en lien avec la finitude et la vulnérabilité de l’existence.
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Analyser les enjeux éthiques de la fin de vie et de l’accompagnement : il s’agit d’identifier les responsabilités morales des soignants et des accompagnants, notamment autour des notions de dignité, de souffrance, de soins palliatifs et de respect de la personne.
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Mettre en lumière le rôle de la narration dans le travail du deuil : le cours cherche à montrer comment le récit, sous différentes formes, permet d’élaborer la perte, de maintenir une continuité identitaire et de soutenir la survivance.
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Articuler théorie philosophique et expériences concrètes : à travers des témoignages et des études de cas, le cours entend relier les grandes notions philosophiques aux situations réelles vécues par les malades, les proches et les soignants.
- Proposer des repères pratiques pour l’accompagnement de la fin de vie : l’objectif est d’offrir des outils conceptuels et relationnels susceptibles d’éclairer les pratiques d’accompagnement, au-delà des appartenances religieuses ou culturelles.
Acquis pédagogiques
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Capacité à analyser le deuil dans sa complexité : à l’issue du cours, l’étudiant est en mesure de comprendre le deuil comme un processus multidimensionnel, intégrant des aspects psychologiques, sociaux, culturels et philosophiques.
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Maîtrise des principaux repères philosophiques sur la finitude et la mort : l’étudiant acquiert une connaissance structurée des apports de penseurs majeurs sur la mort, la fin de vie et la dignité humaine, et sait les mobiliser de manière critique.
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Compréhension du rôle thérapeutique de la narration : le cours permet d’identifier comment le récit contribue à l’élaboration du deuil et à la reconstruction du sens, tant pour les personnes endeuillées que pour celles qui les accompagnent.
- Aptitude à réfléchir éthiquement aux pratiques d’accompagnement : l’étudiant développe une réflexion nuancée sur les enjeux éthiques et relationnels du soin et de l’accompagnement en fin de vie, en tenant compte de la singularité de chaque situation.
Modalités d’évaluation
L’évaluation de ce cours se déroulera en trois étapes :
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Un quiz de synthèse pour tester les notions de base développées dans le cours.
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Un devoir de trois à cinq pages, en choisissant un sujet parmi ceux proposés.
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Un examen final de trois à cinq pages, en choisissant un sujet parmi ceux proposés.
Plan du cours
INTRODUCTION GÉNÉRALE
1. État de la question du deuil et choix du thème
2. Justification
3. Antécédents
4. Méthodologie et structure générale
ÉTAPE 1 — DEUIL ET FIN DE VIE : REPRÉSENTATION ET CONCEPTUALISATION
Chapitre 1 — Deuil entre représentations socioculturelles et recherche de sens
Chapitre 2 — Deuil, maladie terminale et fin de vie : approche analytique
ÉTAPE 2 — FIN DE VIE, ENJEUX ET ACCOMPAGNEMENT
Chapitre 3 — Expériences biographiques et témoignages par rapport aux situations de fin de vie et de deuil
Chapitre 4 — Enjeux et accompagnement de la fin de la vie dans la philosophie, la religion et la spiritualité
Chapitre 5 — Repères éthiques et bioéthiques pour l’accompagnement de la fin de la vie
ÉTAPE 3 — DEUIL, NARRATION ET SURVIE
Chapitre 6 — Rôle des moyens narratifs en situation de fin de vie et de deuil
Chapitre 7 — Attitudes pour faire de la narration une « thérapeutique » de la fin de vie
Chapitre 8 — « Narration-méditation » sur la thérapeutique de la fin de vie et du deuil
CONCLUSION GÉNÉRALE
