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Le Service Learning en Afrique : une pédagogie au service de la transformation sociale

Le Service Learning en Afrique : une pédagogie au service de la transformation sociale

20 juillet 2026

Comment l’université peut-elle devenir un acteur du changement social ? Dans Service Learning in Africa, Patrick Mwania montre que l’enseignement supérieur ne peut plus se limiter à transmettre des connaissances. En s’appuyant sur le Service Learning, il propose un modèle où l’apprentissage, l’engagement communautaire et la responsabilité sociale se renforcent mutuellement, ouvrant de nouvelles perspectives pour les universités africaines.

Repenser la mission de l’université


L’enseignement supérieur africain s’est considérablement développé, mais la question de sa pertinence sociale demeure cruciale. De nombreux étudiants sont encore confrontés à un enseignement magistral, à des programmes abstraits et à des systèmes d’évaluation davantage centrés sur les examens que sur la capacité à répondre à des problèmes concrets. C’est de cette tension que part Patrick Mwania. Pour lui, les universités ne peuvent se contenter de transmettre des connaissances ou de préparer les diplômés au marché du travail. Elles doivent aussi former des citoyens responsables, des professionnels compétents et des leaders attentifs aux besoins de leurs communautés. Le service learning (apprentissage par le service) offre une manière de redonner à l’université cette mission plus large en intégrant, au cœur du cursus, les études académiques, l’engagement structuré auprès des communautés et la réflexion critique.

Bien plus que du bénévolat


L’une des principales contributions de cet ouvrage est de distinguer clairement le service learning du simple bénévolat occasionnel. Il ne s’agit pas d’une activité généreuse ajoutée en marge d’un cours, mais d’une véritable méthode pédagogique, exigeante, dans laquelle les étudiants mettent leurs connaissances disciplinaires au service de besoins identifiés par les communautés, réfléchissent à leur expérience et laissent celle-ci transformer leur compréhension. Des étudiants en santé publique peuvent ainsi participer à des initiatives en faveur de la santé maternelle ; des étudiants en ingénierie concevoir des systèmes d’approvisionnement en eau à faible coût ; des étudiants en théologie accompagner des projets de consolidation de la paix ; et des étudiants en sciences sociales collaborer avec les autorités locales. Dans chaque cas, la communauté devient un véritable lieu d’apprentissage plutôt qu’un simple bénéficiaire de l’expertise universitaire.

Un fondement intellectuel africain


L’argumentation de Patrick Mwania est particulièrement convaincante parce qu’il refuse de présenter le service learning comme un modèle étranger importé d’Europe ou d’Amérique du Nord. Il l’enracine dans les traditions africaines de la relation, de la responsabilité partagée et de la formation communautaire. L’Ubuntu, souvent résumé par l’idée qu’une personne ne devient pleinement humaine qu’à travers les autres, constitue une référence philosophique majeure. L’auteur évoque également des traditions voisines telles que le Botho, l’Omoluabi, l’Ukama, le Harambee ou encore l’Ujamaa. Bien avant que les universités modernes ne théorisent l’apprentissage expérientiel, les sociétés africaines transmettaient les savoirs par l’apprentissage auprès des anciens, le récit, le travail collectif, la formation morale et la participation à la vie communautaire. Le service learning apparaît ainsi à la fois comme une innovation et comme une redécouverte d’un héritage profondément africain.

Décoloniser les savoirs grâce au partenariat


L’ouvrage inscrit également le service learning dans le vaste mouvement de décolonisation de l’éducation africaine. Les systèmes hérités de la période coloniale ont souvent dissocié les apprentissages académiques des réalités locales, privilégié des épistémologies étrangères et considéré les communautés comme de simples objets d’étude. Patrick Mwania propose une autre approche. Les communautés doivent être reconnues comme des coformatrices et des coproductrices de savoirs. Leurs priorités, leur expérience et leur sagesse culturelle doivent orienter les projets dès leur conception. Cela suppose des relations fondées sur la réciprocité, la prise de décision partagée, des partenariats durables et une vigilance constante face aux rapports de pouvoir. Sans ces conditions, le service learning risque de devenir paternaliste ou extractif. Avec elles, il favorise une véritable justice épistémique et redonne leur place à des formes de connaissance trop longtemps négligées par les universités.

De la réflexion à la transformation


L’expérience seule ne suffit pas à produire des apprentissages. La réflexion constitue le lien qui unit l’action à la croissance intellectuelle et morale. En s’appuyant sur les travaux de John Dewey, David Kolb, Paulo Freire, la théorie de l’apprentissage transformateur et le constructivisme social, Patrick Mwania montre que les étudiants apprennent en agissant, en questionnant leurs expériences, en les interprétant puis en réagissant à nouveau. Journaux de bord, discussions de groupe, portfolios, retours des communautés et réflexion théologique permettent aux étudiants d’interroger leurs présupposés et de comprendre les causes structurelles de la pauvreté, des inégalités, de l’exclusion ou de la dégradation environnementale. Ce processus transforme non seulement les connaissances académiques, mais aussi l’identité, la vocation, l’empathie et le sens des responsabilités civiques. Les étudiants sont ainsi invités à dépasser la simple charité pour s’engager en faveur de la justice, et à dépasser la compétence technique pour développer un véritable leadership éthique.

Foi, dignité humaine et bien commun


L’une des grandes forces de l’ouvrage réside dans l’attention qu’il porte à l’enseignement supérieur catholique. Le service learning rejoint étroitement la doctrine sociale de l’Église par son attachement à la dignité humaine, à la solidarité, à la subsidiarité, à la sauvegarde de la création et à l’option préférentielle pour les pauvres. Dans cette perspective, l’éducation ne se réduit pas à une préparation professionnelle ; elle devient une formation intégrale de la personne. Les rencontres avec les communautés les plus vulnérables deviennent des occasions de discernement spirituel, de compassion et d’approfondissement du sens du bien commun. Patrick Mwania montre également comment la spiritualité africaine, avec son insistance sur la communauté et sur le caractère sacré de la vie quotidienne, enrichit cette démarche. La foi devient concrète lorsque le savoir est mis au service de la justice, de la réconciliation et de l’épanouissement humain.

Des pistes concrètes pour les universités


Service Learning in Africa ne se limite pas aux principes. L’ouvrage examine la conception des programmes, la formation des enseignants, les lignes directrices éthiques, les modalités d’évaluation, la gouvernance institutionnelle, les politiques universitaires, le recours aux technologies et les conditions de pérennisation des initiatives. Des études de cas issues d’universités africaines illustrent la diversité des applications possibles : campagnes de santé publique, projets environnementaux, accompagnement en milieu carcéral, entrepreneuriat social, mentorat numérique ou encore recherche participative. L’auteur souligne que le succès de ces programmes exige bien davantage que de la bonne volonté. Les universités doivent disposer de structures dédiées, d’enseignants formés, de partenariats solides, de financements adaptés et de systèmes d’évaluation capables de mesurer à la fois les apprentissages des étudiants et l’impact sur les communautés. Le service learning doit être pleinement intégré à la stratégie institutionnelle pour dépasser le stade de l’initiative ponctuelle.

L’éducation comme chemin d’espérance


Patrick Mwania s’appuie sur une longue expérience dans la direction d’établissements d’enseignement supérieur, le développement des programmes et les pédagogies fondées sur l’engagement communautaire. En tant que vice-chancelier de Tangaza University, à Nairobi, il conjugue réflexion académique et expérience institutionnelle. Son ouvrage s’adresse aux enseignants, responsables universitaires, chercheurs, institutions ecclésiales, décideurs politiques et à tous ceux qui s’intéressent à l’avenir de l’Afrique.

Son message est à la fois exigeant et porteur d’espérance : les universités peuvent devenir des lieux où le savoir est confronté à la réalité, où les communautés sont reconnues comme de véritables partenaires et où les étudiants découvrent que l’éducation implique une responsabilité. En réconciliant théorie et pratique, apprentissage et service, l’enseignement supérieur africain peut former des diplômés capables non seulement de réussir leur parcours professionnel, mais aussi de transformer durablement la société.

Cette vision invite également les établissements à repenser leur définition de l’excellence. Les classements, les publications scientifiques ou l’insertion professionnelle des diplômés sont importants, mais ils ne suffisent pas à mesurer la réussite éducative. Une université démontre aussi sa valeur lorsqu’elle renforce la confiance du public, stimule la créativité locale et prépare les étudiants à agir au-delà des frontières sociales, culturelles et disciplinaires. Dans cette perspective, le service learning n’est pas un simple complément à la vie académique : il constitue une expression concrète de la responsabilité de l’université envers la société, en particulier auprès des communautés confrontées à l’exclusion, à l’incertitude ou au manque d’opportunités.

Cet ouvrage est disponible en langue anglaise.

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