Niki de Saint Phalle, l’art au féminin (1961-2000) (SEM148)
Ce séminaire propose une exploration approfondie de l’œuvre de Niki de Saint Phalle, figure majeure de l’art contemporain, en mettant en lumière la manière dont sa création articule expérience intime, engagement féministe et réflexion sociale. À travers l’étude de ses œuvres emblématiques et de ses grands projets monumentaux, il s’agit de comprendre comment l’art devient, chez elle, un espace de libération, de résilience et de transformation du regard.
Code du cours: SEM148
Professeur : Phd Laëtitia LevantisDescription
Ce séminaire en ligne est consacré à l’analyse du parcours artistique de Niki de Saint Phalle entre les années 1960 et 2000, période au cours de laquelle l’artiste élabore un univers plastique singulier, immédiatement reconnaissable, et profondément engagé. Loin d’une approche strictement stylistique ou chronologique, le séminaire propose une lecture transversale de son œuvre, attentive aux continuités, aux déplacements et aux tensions qui la traversent. Il s’agit de comprendre comment la création artistique se déploie, chez Niki de Saint Phalle, comme une réponse à la violence subie, comme une affirmation radicale de la liberté féminine et comme un moyen d’agir symboliquement sur le monde.
La première partie du séminaire s’attache à la genèse de cette œuvre protéiforme. Elle revient sur les débuts artistiques de Niki de Saint Phalle, marqués par une expérience personnelle douloureuse et par une entrée tardive dans le champ de l’art. L’internement psychiatrique de 1953 constitue un moment fondateur, au cours duquel l’artiste découvre la création comme un espace vital, capable de transformer la souffrance en langage plastique. Les premiers collages et assemblages sont analysés comme les prémices d’un travail fondé sur la fragmentation, l’appropriation d’objets du quotidien et la remise en cause des hiérarchies artistiques traditionnelles. Cette étape permet également de situer l’artiste dans le contexte des avant-gardes de l’après-guerre, en examinant les influences exercées par l’art brut, l’expressionnisme abstrait américain et les pratiques néo-dadaïstes.
La deuxième partie du séminaire est consacrée aux années 1960, période de reconnaissance publique et d’expérimentation radicale. Les célèbres tableaux-tirs occupent ici une place centrale. Réalisées en public, ces œuvres hybrides associent peinture, sculpture, performance et geste violent. Le tir à la carabine, loin d’être un simple effet spectaculaire, est analysé comme un acte symbolique de destruction et de libération, dirigé contre les figures de l’autorité patriarcale, religieuse et politique. Le séminaire montre comment ces œuvres participent d’une remise en cause profonde des conventions artistiques, tout en interrogeant la place du corps féminin dans l’espace public et dans l’histoire de l’art.
Dans le prolongement de cette violence cathartique apparaissent, à partir de 1965, les Nanas, figures féminines monumentales, colorées et exubérantes. Le cours propose une analyse approfondie de ces sculptures, envisagées comme de véritables manifestes plastiques. Les Nanas rompent avec les canons traditionnels de représentation du corps féminin : elles célèbrent la rondeur, le mouvement, la joie et la puissance. Elles incarnent une féminité affranchie du regard normatif et constituent une prise de position artistique et politique forte dans le contexte des luttes féministes des années 1960 et 1970. Le séminaire invite les étudiants à percevoir ces œuvres non comme une rupture avec les Tirs, mais comme une transformation progressive de la violence en affirmation joyeuse et collective.
La troisième partie du séminaire s’intéresse aux projets publics et aux sculptures monumentales, qui marquent une étape décisive dans la démarche de Niki de Saint Phalle. À partir du milieu des années 1960, l’artiste cherche à abolir la frontière entre l’œuvre et le spectateur, entre l’art et la vie quotidienne. Les Maisons-Nanas et la monumentale HON (Elle), présentée en 1966 au Moderna Museet de Stockholm, sont étudiées comme des dispositifs immersifs permettant au public de pénétrer physiquement l’œuvre. Le corps féminin devient alors architecture, espace habitable et lieu d’expérience. Cette approche ouvre une réflexion sur les rapports entre sculpture monumentale, espace urbain et participation du spectateur.
Cette réflexion trouve son aboutissement dans le projet du Jardin des Tarots, réalisé en Toscane entre 1979 et 1993. Véritable œuvre-monde, ce jardin de sculptures monumentales inspirées des arcanes du Tarot de Marseille constitue le projet majeur de la vie de l’artiste. Le séminaire analyse ce lieu comme une synthèse de ses recherches plastiques, symboliques et spirituelles, où se croisent références à l’architecture d’Antoni Gaudí, à l’art brut et à une mythologie personnelle profondément féminine. Le Jardin des Tarots est envisagé comme un espace initiatique, ouvert au public, où l’art devient un parcours à vivre autant qu’à contempler.
La quatrième partie du séminaire est consacrée à l’œuvre tardive et à l’engagement social de Niki de Saint Phalle dans les années 1990-2000. À cette période, l’artiste affirme plus explicitement encore la dimension militante de son travail. Ses créations deviennent des supports de sensibilisation et de revendication contre toutes les formes de discrimination : défense des droits des femmes, lutte contre le racisme, engagement dans la lutte contre le sida, protection de l’environnement et des animaux. Le séminaire analyse notamment les séries de sculptures Black Heroes, les publications engagées mêlant texte et image, ainsi que les Tableaux éclatés, réalisés en hommage à Jean Tinguely. Enfin, le dernier jardin de sculptures monumentales, le Queen Khalifa’s Magical Circle en Californie, est étudié comme l’ultime expression d’un art tourné vers le partage et l’accessibilité au plus large public.
Ce séminaire propose ainsi une immersion approfondie dans l’univers foisonnant de Niki de Saint Phalle, en montrant comment son œuvre conjugue audace formelle, engagement politique et quête de sens. En explorant les multiples dimensions de sa création, il invite les étudiants à penser l’art contemporain comme un espace de résistance, de réparation et de transformation du monde.
Objectifs du séminaire
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Comprendre le parcours artistique de Niki de Saint Phalle : le séminaire vise à offrir une vision d’ensemble cohérente de la carrière de l’artiste, en mettant en évidence les continuités et les transformations de son œuvre entre les années 1960 et 2000.
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Analyser l’art comme espace de résilience et de transformation : il s’agit de comprendre comment la création artistique permet à Niki de Saint Phalle de transformer une expérience personnelle traumatique en un langage plastique universel et partagé.
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Appréhender les enjeux féministes de l’œuvre : le cours permet d’analyser la manière dont l’artiste interroge et subvertit les représentations traditionnelles du corps féminin, en proposant une esthétique de la liberté et de l’émancipation.
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Situer les œuvres dans leur contexte : les étudiants sont invités à replacer les créations de Niki de Saint Phalle dans les mouvements artistiques de leur temps et dans les débats sociaux et politiques contemporains.
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Développer une capacité d’analyse critique de l’art contemporain : le séminaire vise à renforcer les compétences d’analyse, d’argumentation écrite et de réflexion critique à partir d’œuvres complexes et engagées.
Acquis pédagogiques du séminaire
À l’issue du séminaire, l’étudiant sera capable de :
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Décrire et analyser des œuvres majeures de Niki de Saint Phalle, en mobilisant un vocabulaire artistique précis et argumenté.
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Identifier les liens entre création artistique, biographie et engagement social, sans réduire l’œuvre à une simple illustration de la vie de l’artiste.
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Comprendre les enjeux de la sculpture monumentale et de l’art public, en relation avec l’architecture et l’espace urbain.
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Formuler une réflexion personnelle structurée sur l’art contemporain, à partir de sources théoriques et visuelles.
Modalités pédagogiques
Le séminaire se déroule entièrement à distance sur la plateforme d’enseignement de Domuni. Chaque participant se connecte à son heure et progresse à son rythme, selon le calendrier défini.
Il est structuré en quatre étapes, chacune d’une durée de deux semaines.
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Semaine 1 : à partir de textes et d’une problématique fournis par le professeur, l’étudiant prépare une contribution écrite structurée (environ 4 000 caractères, espaces compris). Cette contribution, rédigée dans un logiciel de traitement de texte, doit être déposée sur le forum avant la fin de la semaine.
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Semaine 2 : cette phase est consacrée au débat et à la discussion collective, sous la supervision du professeur.
