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L'esprit et le droit

Homo Viator : penser la mobilité des hommes

Homo Viator : penser la mobilité des hommes 29 septembre 2014

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La mobilité est un thème d’une actualité brûlante. Abordé sous l’angle migratoire, sur le plan social, humanitaire et économique, ce thème n’a pas fait l’objet d’étude systématique sur le plan anthropologique, philosophique et théologique.

Le pape François, dans l’un des gestes les plus éloquents de ce début de pontificat, effectue un voyage à Lampedusa : il s’agit d’un déplacement (!) plus éloquent qu’un discours. L’enseignement de l’Eglise sur ce sujet est encore à écrire.

Chaque jour, des centaines de personnes d’êtres humains risquent ou perdent leur vie, non plus en essayant de traverser le rideau de fer ou de bambou, mais sur la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis, sur celle qui sépare Ceuta et Melilla du Royaume du Maroc, aux frontières extérieures de l’Union Européenne (Roumanie, Bulgarie, Grèce)…

Combien de gens vivent dans des camps provisoires, en détention, pour l’unique raison qu’ils se déplacent ?

Or, une évidence saute au yeux : les tenants du libéralisme ont libéralisé toute forme de circulation (biens, marchandises, capitaux) sauf celle des personnes. Ils ont ainsi élevé des murs, des barrières électrifiées où viennent mourir chaque année des milliers de migrants.

A comparer l’Union Européenne, structurée par le traité de Lisbonne et l’ALENA, traité entré en vigueur le 1er janvier 1994, qui a créé une zone de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique, on ne peut qu’être frappé par une différence majeure : celle du traitement de la liberté de circulation des populations.

Les entraves faites à la circulation des personnes contredisent frontalement un droit naturel universel de l’être humain à se déplacer, c'est-à-dire à échanger. Ceci est particulièrement nié par les mouvements nationalistes d’extrême-droite qui fleurissent en de nombreux pays, du fait de la crise économique et d’un souci identitaire exacerbé.

Au-delà des idées, il s’agit bien d’un drame à l’échelle de l’humanité. Les chrétiens ont toujours eu une parole prophétique dans des circonstances analogues. Parmi eux, les théologiens-juristes de l’Ecole de Salamanque.

Pendant plusieurs années, j'ai exploré certains textes, plus particulièrement ceux issus de la tradition dominicaine. Je vous propose dans ce livre de suivre la fécondité de l'enseignement de Francisco de Vitoria, à travers l'histoire des idées. J'ai retracé une trame qui part du XVIe siècle, en pleine conquête espagnole du Nouveau Monde, jusqu'au monde d'aujourd'hui, cette nouvelle mondialisation, qu'il s'agit aussi de penser.

Le choix du sujet est conforté par l'appel du chapitre général de Trogir (2013) qui invite à entrer dans le "processus de Salamanque", c'est-à-dire à confrontant la réflexion philosophique et théologique aux questions politiques et économiques. En juillet dernier, l'université Domuni y a contribué à sa manière, en organisant un colloque international rassemblant à Salamanque même une vingtaine d'universitaires et chercheurs en philosophie, politique, droit, histoire et théologie.

Il y a un intérêt particulier pour une institution dominicaine, comme l'université Domuni, d'étudier, de connaitre et de diffuser l'enseignement de l'Ecole de Salamanque et d'en souligner les fruits dans la tradition politique et juridique moderne et contemporaine.

C'est à ce mouvement que j'ai souhaité collaborer en écrivant Homo Viator.

Pour illustrer le livre (et cet article), j'ai choisi une photo prise au printemps dernier en Israël, à Avdat, dans le désert du Néguev. S'y élève une cité du peuple nomade de l'Antiquité, les Nabatéens, sur la route commerciale de l'encens, entre Petra et la mer méditerranée.

Je vous souhaite bonne lecture et j'attends vos réactions.

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Lire la recension d'Yves Guisan, dans Le Temps, Genève, 13 novembre 2014.

 

 



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