Épistémologie de la géographie (HH010)
Ce cours propose une exploration approfondie de la géographie en tant que discipline scientifique autonome. Il invite les étudiants à dépasser les représentations scolaires ou communes de la géographie pour en interroger les fondements théoriques, l’histoire intellectuelle, les méthodes et les apports. En adoptant une démarche réflexive et critique, cet enseignement vise à mieux comprendre le rôle central de la géographie dans l’analyse des sociétés contemporaines et de leurs rapports à l’espace.
Code du cours: HH010
Professeur : Dr. Sylvain DournelDescription
Le cours « Épistémologie de la géographie » a pour ambition de présenter la géographie sous un angle résolument différent de celui qui domine dans l’enseignement, mais aussi de celui qui prévaut dans les représentations sociales ordinaires. Trop souvent réduite à une discipline descriptive, associée à l’histoire ou assimilée à une simple culture générale des lieux et des pays, la géographie est ici abordée comme une science universitaire à part entière, dotée de ses propres cadres conceptuels, de ses méthodes spécifiques et de ses objets scientifiques distincts.
L’un des premiers objectifs du cours est de réaffirmer l’autonomie intellectuelle de la géographie. Si celle-ci entretient des relations étroites avec d’autres champs du savoir — notamment l’histoire, les sciences humaines et sociales, ou encore les sciences du vivant et de la Terre —, elle ne saurait être pensée comme une discipline auxiliaire ou subordonnée. La géographie développe en effet ses propres questionnements, ses outils analytiques et ses démarches méthodologiques, qui lui permettent d’appréhender de manière singulière la complexité du monde contemporain.
Au cœur de cette spécificité se trouve l’étude de la dimension spatiale de la société. La géographie s’attache à analyser les interactions entre les sociétés et leurs milieux, en s’intéressant à la façon dont les groupes humains se représentent l’espace, se l’approprient, le transforment et l’organisent. Elle examine ainsi les formes spatiales des systèmes de représentation sociale, les modalités d’occupation et d’aménagement des territoires, ainsi que les politiques de développement mises en œuvre à différentes échelles. De ces dynamiques émergent des lieux, des territoires et des paysages, qui constituent autant d’objets privilégiés de l’analyse géographique.
Le cours met également en lumière un paradoxe central : bien que la géographie soit omniprésente dans la vie quotidienne — à travers les déplacements, les pratiques de mobilité, l’usage des cartes, la gestion des risques ou encore l’aménagement des espaces de vie —, elle demeure souvent mal identifiée et parfois dévalorisée. Cette méconnaissance tient en partie à la manière dont la discipline est enseignée, mais aussi aux héritages historiques et institutionnels qui ont façonné son image. L’épistémologie apparaît alors comme un outil indispensable pour interroger ces héritages, clarifier les contours de la discipline et en renouveler la compréhension.
Pour répondre à ces enjeux, l’enseignement privilégie une approche à la fois sémantique, diachronique et pratique. L’approche sémantique vise à préciser les concepts clés de la géographie et à en interroger les usages. L’approche diachronique permet de retracer l’histoire longue de la discipline, depuis les premiers travaux de description du monde jusqu’à l’émergence de la géographie scientifique moderne et contemporaine. Cette mise en perspective historique montre que la géographie est une discipline en constante évolution, traversée par des débats, des crises et des renouvellements successifs. Enfin, l’approche pratique insiste sur les méthodes et les outils mobilisés par les géographes, qu’il s’agisse de l’analyse cartographique, de l’observation de terrain, de l’étude des paysages ou de l’exploitation de données spatialisées.
À travers une série de questionnements structurants, le cours vise à donner aux étudiants des repères solides pour comprendre ce qui fait la cohérence et la pertinence de la discipline. Il ne s’agit pas seulement d’un exercice théorique : ces interrogations permettent également de mieux appréhender le monde dans lequel nous vivons et les transformations rapides qui l’affectent.
Les sociétés contemporaines sont en effet confrontées à de nombreux défis majeurs : baisse de la biodiversité, raréfaction des ressources naturelles, changement climatique, intensification des risques naturels et technologiques, recomposition des relations entre villes et campagnes, creusement des inégalités socio-économiques, sanitaires et environnementales, intensification et diversification des échanges, accroissement des mobilités et des phénomènes migratoires, ou encore multiplication des tensions géopolitiques. Face à ces enjeux complexes et imbriqués, la géographie offre des clés de lecture essentielles pour analyser la manière dont les sociétés façonnent l’espace et sont en retour façonnées par lui.
En ce sens, la géographie ne se contente pas de produire des diagnostics. Elle est également en mesure de formuler des enseignements et des préconisations utiles, notamment à destination de la sphère décisionnelle et de la sphère opérationnelle. Les analyses géographiques éclairent les choix d’aménagement, de gestion des territoires, de prévention des risques ou de développement durable, en tenant compte des spécificités locales comme des dynamiques globales.
Enfin, le cours insiste sur l’importance des exercices pratiques dans la formation géographique de niveau supérieur. Ces exercices, fréquents en licence et en master, constituent une préparation indispensable aux concours de l’enseignement (CAPES/CAFEP et agrégation), mais aussi une base méthodologique fondamentale pour de nombreux métiers. Les compétences acquises sont mobilisables dans les domaines de l’aménagement du territoire, de l’analyse spatiale, du développement territorial, de l’environnement, des transports ou encore de l’urbanisme. L’épistémologie de la géographie apparaît ainsi comme un socle réflexif et méthodologique, indispensable à toute spécialisation ultérieure.
Objectifs
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Comprendre l’identité scientifique de la géographie : amener les étudiants à identifier ce qui fonde la spécificité de la géographie parmi les sciences, en distinguant clairement ses objets, ses concepts, ses méthodes et ses champs d’application.
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Retracer l’évolution historique et intellectuelle de la discipline : fournir des repères chronologiques et théoriques permettant de comprendre la construction, les transformations et les renouvellements successifs de la géographie.
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Maîtriser les principaux concepts et questionnements géographiques : familiariser les étudiants avec les notions fondamentales de la discipline et avec les débats scientifiques qui structurent la géographie contemporaine.
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Analyser les enjeux spatiaux du monde contemporain : mobiliser les outils et raisonnements géographiques afin de comprendre les grands défis actuels à différentes échelles, du local au global.
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Développer une posture critique et réflexive : encourager une réflexion épistémologique permettant de questionner les savoirs géographiques, leurs conditions de production et leurs usages sociaux, politiques et opérationnels.
Acquis pédagogiques
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Définir et situer la géographie comme discipline scientifique autonome : être capable d’expliquer ce qu’est la géographie, ce qui la distingue des autres disciplines et la place qu’elle occupe au sein des sciences humaines et sociales, ainsi que des sciences du vivant et de la Terre.
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Maîtriser les fondements théoriques et historiques de la géographie : disposer de connaissances solides sur les grandes étapes de l’histoire de la discipline, ses courants majeurs et les débats qui ont contribué à façonner la géographie actuelle.
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Analyser des situations et des enjeux à forte dimension spatiale : savoir mobiliser un raisonnement géographique pour interpréter des phénomènes complexes, en articulant sociétés, espaces, territoires, milieux et échelles d’analyse.
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Disposer de bases méthodologiques solides pour la poursuite d’études et les concours : acquérir des repères réflexifs et méthodologiques utiles à la préparation des concours de l’enseignement et aux formations menant aux métiers de l’aménagement, de l’analyse spatiale et du développement territorial.
Modalités d’évaluation
L’évaluation de ce cours se déroulera en trois étapes :
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Un devoir de trois à cinq pages.
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Un quiz de synthèse.
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Un examen final.
Plan du cours
INTRODUCTION GÉNÉRALE
CHAPITRE 1 - QU’EST-CE QUE LA GÉOGRAPHIE ?
1.1. La géographie, une discipline très pratiquée, mais mal identifiée
1.2. Une discipline (trop) associée à l’histoire
1.3. Définir la géographie et la pratiquer à l’université
CHAPITRE 2 - LA CONNAISSANCE ACTUELLE DU GLOBE, FRUIT DES TRAVAUX DE « GEOGRAPHIE » OPÉRÉS DE L’ANTIQUITÉ GRECQUE À LA RENAISSANCE
2.1. Éléments de connaissance actuelle du monde
2.2. Explorer, localiser, nommer et décrire les lieux durant l’Antiquité
2.3. Savoir et savoir-faire géographiques au Moyen Âge : une nouvelle conception, puis un élargissement du monde connu
2.4. L’effet « Grandes découvertes » sur la géographie
CHAPITRE 3 – L’IMAGE DE LA GÉOGRAPHIE CONTEMPORAINE, HÉRITAGE D’UNE TRAJECTOIRE SCIENTIFIQUE RICHE ET MOUVEMENTÉE
3.1. Construction de la géographie moderne et scientifique
3.2. Les années 1890-1960, le temps des écoles nationales
3.3. La géographie à la fin du XXe siècle, entre crise et quête d’identité
CONCLUSION : LA RÉUNIFICATION DE LA GÉOGRAPHIE A L’AUNE DE NOUVEAUX ENJEUX ?
