DOMUNI UNIVERSITAS

Analyse comparative des théologies morales de K. Rahner, et J. Fuchs

Analyse comparative des théologies morales de K. Rahner, et J. Fuchs

IN110-Analyser moralement l’acte humain à partir de chacune de ses composantes, présente un intérêt certain. Mais on ne peut jamais oublier que cet acte humain est aussi l’acte d’un homme, qu’il s’inscrit dans la totalité d’une vie absolument unique et ordonnée à l’absolu jusque dans ses multiples fragilités.

Crédits ECTS: 3
Professeur : Benoît Carniaux, o.praem.



INTRODUCTION


 


Analyser moralement l’acte humain à partir de chacune de ses composantes, présente un intérêt certain. Mais on ne peut jamais oublier que cet acte humain est aussi l’acte d’un homme, qu’il s’inscrit dans la totalité d’une vie absolument unique et ordonnée à l’absolu jusque dans ses multiples fragilités. L’intention d’un acte, malgré son caractère éminemment subjectif, ne rend pas nécessairement entièrement compte de la disposition du sujet à l’égard du Bien Suprême. On peut agir identiquement "en voulant plaire à Dieu" par amour ou par crainte servile. Dans l’analyse de la liberté, on ne peut donc ignorer l’importance du caractère totalisant du sujet qui agit et de sa transcendance comme de sa fragilité. Les travaux des Pères Rahner et Fuchs s’inscrivent dans cette perspective. C’est pourquoi il est intéressant de les parcourir et d’examiner ce qui les rapproche et ce qui les distingue. Bien sûr, les préoccupations de chacun de ces deux théologiens n’ont pas forcément toujours été identiques en tout point. Rahner se situe plus du côté de la théologie fondamentale, alors que Fuchs se présente comme moraliste. Il n’est donc pas possible de faire une "synopse" de leur œuvre. Cependant, on peut constater que dans un livre publié en 1971 (et à l’analyse duquel nous nous limiterons), Fuchs déclare s’inspirer de Rahner sur plus d’un point et utilise copieusement la distinction transcendantal/catégoriel affectionnée par le théologien d’Innsbruck.


 


LES CONCEPTS UTILISES


 


Le couple "Transcendantal/catégorial" est apparu dans le champ de la théologie catholique après la guerre et a été véritablement formalisé par Karl Rahner dans son anthropologie théologique. On ne peut considérer ces concepts comme radicalement nouveaux : provenant de la grande tradition philosophique (Aristote et Saint Thomas), ils ont été réinterprétés par Kant qui les a intégrés dans son épistémologie.


 


En simplifiant un peu grossièrement, on dira que pour Rahner, toute expérience a priori qui se situe au niveau des structures nécessaires et invincibles du sujet est transcendantale. Cette expérience transcendantale est non thématique, c’est-à-dire qu’elle n’est jamais objectivante comme telle. Ainsi, par exemple, si nous voulons réfléchir à ce que signifie à proprement parler la liberté, nous constatons que nous avons toujours déjà expérimenté celle-ci lorsque nous commençons à nous interroger à son propos. Car la réflexion ainsi exercée est elle-même un acte de liberté et cet acte de liberté ne pourra à son tour être objectivé qu’en exerçant à nouveau cette liberté. Celui-là même qui voudrait nier la liberté la pose encore, au moins implicitement, en la niant.


 


Autrement dit, l’exercice de la liberté est fondamentalement la condition de possibilité de toute expérience objectivante concrète. Le caractère irrémédiablement second de toute réflexion à son propos indique que la liberté est une structure a priori du sujet, qui doit être postulée au même titre que la connaissance. L’être de l’homme est ainsi toujours cela même qui a déjà un rapport à lui-même. Comme l’a dit Heidegger, jamais on ne le trouve simplement là, mais toujours il se trouve déjà là. En lui, rien n’arrive qui dépasse le rapport intentionnel qu’il a à lui-même. En cela il est insurpassable, irremplaçable et inobjectivable même par sa propre réflexion sur lui-même. Est donc transcendantal tout ce qui constitue une structure préalable inscrite dans le sujet agissant et connaissant. Cette structure détermine ainsi de manière implicite et a priori les conditions de toute expérience du sujet. Comme tel, le "transcendantal" est ouverture préalable du sujet à toute expérience possible et comporte un caractère formel (et postulé) d’universalité.


 


Implicite, a priori et ouvert à l’universel, le "transcendantal" est pensé face au "catégorial". Le sujet capable de tout possible est aussi l’homme historiquement conditionné, marqué par sa provenance et influencé par son milieu. Lorsque celui-ci agit librement comme sujet c’est toujours en s’insérant dans un monde objectif et en s’exposant à une contingence qui le soumet à la nécessité d’agir de façon objectivable dans un cadre restreint, hic et nunc. Le "catégorial" est donc ce qui est particulier, historique, non nécessaire, a posteriori, et qui paradoxalement conditionne et soumet à une certaine contrainte l’exercice de la liberté.

 

Plan du cours

 

1ère Partie. LA THEOLOGIE MORALE DE kARL RAHNER


 


A. L’INTUITION IGNATIENNE COMME FONDATION DE LA MORALE


B. LA LIBERTE ET LE PECHE


C. L’INDIVIDU, L’EGLISE ET LA CONSCIENCE


D. L’ETHIQUE EXISTENTIALE FORMELLE


E. LA"NOUVELLE TERRE"


F. LE COMMANDEMENT DE L’AMOUR

 

2ème partie. QUELQUES ASPECTS DE LA THEOLOGIE MORALE DE J. FUCHS


 


A. EXISTE-T-IL UNE MORALE CHRETIENNE ?


B. POUR UNE THEOLOGIE DU PROGRES HUMAIN


C. LE CARACTERE ABSOLU DES NORMES MORALES DE L’ACTION


D.THEOLOCIE MORALE ET DOGMATIQUE


E. LIBERTE FONDAMENTALE ET MORALE


F. VIE THEOLOGALE ET THEOLOGIE MORALE


G. EVALUATION