DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Venez vous reposer !

Venez vous reposer ! 19 juillet 2015

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc 6,30-34.

Après leur première mission, les Apôtres se réunissent auprès de Jésus, et lui rapportent tout ce qu'ils ont fait et enseigné.
Il leur dit : « Venez à l'écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux qu'on n'avait même pas le temps de manger.
Ils partirent donc dans la barque pour un endroit désert, à l'écart.
Les gens les virent s'éloigner, et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux.
Jésus, voyant une grande foule de gens sur le bord du lac, fut saisi de pitié envers eux, parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement.

 

Commentaire du fr Michel Van Aerde op

Un concentré de l'histoire humaine

Ce récit, apparemment très simple est en fait très construit. Il ressemble beaucoup à notre vie et en même temps il la déplace pour la situer dans un ensemble structuré qui lui donne tout son sens. Comme souvent dans l'évangile, ce récit se présente comme un résumé de l’histoire de l’Eglise et de l’humanité.

Des vacances gâchées

Les apôtres, de retour de mission, sont fatigués. Leur activité ne cesse pas, les allées et venues sont incessantes et l’on n’a même pas le temps de manger. Cette hyperactivité, nous la connaissons. Jésus propose donc de prendre du recul, d’aller à l’écart, de se reposer. Ce temps de vacances, nous le connaissons aussi.
Mais cela ne marche pas comme prévu. On est pourtant parti pour de bon, on s’est dépaysé, on a pris le bateau, on a largué les amarres, on a quitté la terre, on a changé d’élément, mais la mer de Galilée n’est pas immense, la foule a suivi les mouvements de loin. Elle a fait le tour du lac et elle est déjà là, quand on met le pied à terre. Jésus, finalement répond à ses besoins, il leur parle longuement. Il reste avec eux en prenant tout son temps.

Comment trouver la paix ?

Chaque détail est a son intérêt mais c’est la structure globale que je retiens. L’architecture de ce récit m’intrigue et me semble très pensée. Il y a tout un jeu de mouvements, de départs et de retours, d’envois et de rassemblements, de disparitions et d’apparitions, de pertes et de retrouvailles, d’embarcations et d’atterrissages, qui trouve son point d’équilibre dans cette dernière phrase : « alors il se mit à les instruire, longuement ». Longuement. On prend son temps, et cela peut durer une éternité, une éternité de présence réciproque, qui sature la faim de comprendre, de connaître, de s’orienter. On se trouve bien. Les brebis ne sont plus dispersées, elles sont toutes autour de leur berger. On ressent une profonde paix, le shalom de la présence de Dieu.

Le risque du vide

Alors pourquoi tous ces mouvements pour en arriver là ? Pourquoi ces traversées incessantes du lac, d’une rive à l’autre, pourquoi ces tempêtes de jour et de nuit ? C’est toute l’histoire humaine qui se trouve résumée. Le temps de l’envoi en mission, le temps de la vie active et celui des retrouvailles définitives, le temps de l’épreuve et celui de la confiance, le temps du silence et celui de la parole, le temps de l’absence et celui de la présence, le temps de l’agitation et celui de la paix.
Alors je n’ai pas de recettes pour nos vies agitées. Je vois que Jésus n’a pas peur de s’éloigner. Il prend le risque du vide, de l’absence, du retrait. Il ne fait pas grève mais il s’en va pour un moment. Ce départ n’est que provisoire, il n’est même qu’apparent car, comme le lac de Galilée, le monde est petit, j’aimerais dire l’histoire est courte. La mort elle même n’est qu’une petite traversée, on aperçoit l’autre rive. Le ressuscité n’est peut être pas visible mais il n’est pas loin pour autant.

Impossible de couper la communication

A notre échelle il en est de même. Pour nous, les moyens de communication aujourd’hui sont tels qu’il est devenu impossible de passer inaperçu, le travail nous suit. Quand vous revenez de vacances, vos dossiers vous ont attendu tranquillement, ils se sont accumulés. Ceux qui vous connaissent savent toujours vous joindre et les mauvaises nouvelles arrivent sans délai. Avec le courrier électronique et les SMS, il n’y a plus de distance. Il est difficile de rompre vraiment et il s’agit plutôt d’acquérir une forme de liberté d’esprit, de mise à distance des difficultés, des confrontations, des ennuis, il s’agit d’adopter en général un mode de vie où puisse exister une vraie liberté et ainsi une vraie disponibilité.
De même, le Ressuscité, passé sur l’autre rive, par delà les eaux de la mort, est rejoint par la foule qui, elle aussi, a établi des ruptures, s'est déplacée. Jésus se laisse toucher par la multitude, toujours très sensible à ce que nous vivons, aux questions que nous nous posons, aux problèmes dans lesquels nous nous débattons. Il est toujours présent, comme il nous l’a promis, "Je suis avec vous pour toujours."

A notre tour, prenons le temps de l’écouter, au plus profond de notre cœur.

« Alors il se mit à les instruire longuement ».
 



« Le plus récent Le plus ancien »