DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Qui voit Jésus voit le Père

Qui voit Jésus voit le Père 21 mai 2014

Plutôt qu’analyser nos différences, il serait intéressant d’approfondir nos points communs et qu’entre juifs, chrétiens et musulmans, nous échangions par exemple à propos de la personne de Jésus.

« Qui m’a vu a vu le Père ». Cette phrase est toute simple. Est-elle vraiment si compliquée à comprendre ? On dit bien « tel père, tel fils ». C’est encore plus simple si l’on n’a jamais vu le père et que l’on sait, en voyant le fils qu'il est « son portrait craché »… Il y a des familles où l’on compare les photos, le fils et le père, au même âge, qui se ressemblent à s’y méprendre. Dans le cas de Jésus il en va différemment puisque la différence entre le père et le fils n’est pas celle de l’âge.

La question des apôtres se comprend « Montre-nous le Père », mais c’est une question qui ne se pose pas : on ne peut pas voir le Père, mais le Fils, parce que, comme dit Jésus : « je suis dans le Père et le Père est en moi ». Il n’y a pas d’un côté le Père et d’un autre côté le Fils. Il n’existe pas d'antériorité entre le Père et le Fils. A chaque instant le Fils se reçoit du Père, qui est père parce que le Fils, à chaque instant, vit dans cette relation. Il le suscite… et il le ressuscite !
Le Père inspire le Fils, le Fils dit ce que lui dit le Père, au point que le Fils est la Parole même du Père. « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais c'est le Père qui demeure en moi, et qui accomplit ses propres œuvres ». Les actions du Fils sont les actions que le Père accomplit en lui. Le Fils est le visage humain du Père.

Nous savons bien que l’Islam refuse absolument d’associer un Fils à Dieu mais il n’est pas si loin d’accepter les phrases de Jésus que nous méditons, dans la mesure où le Coran (1) dit que Jésus est messager de Dieu, qu’il est non seulement messager mais plus encore parole de Dieu, qu’il est l’esprit de Dieu, qu’il est la miséricorde de Dieu pour l’humanité.

Jésus est tellement accordé à Dieu. Ses actes, ses paroles, ses désirs correspondent tellement au désir, à la volonté, à la Parole de Dieu qu’il estt l’expression humaine de la Parole, de la volonté, du désir de Dieu. Jésus est l’expression, la révélation de Dieu.

Qui n’est pas frappé par l’incroyable originalité de cet homme exceptionnel, par son envergure inégalée, sa clairvoyance inouïe ? Sa Parole, son action, son désir profond sont tellement accordés au Dieu dont il défend l’honneur, qu’il en devient la parfaite manifestation.
Il ne fait pas semblant d’être un homme, sa souffrance en fait foi. Mais sa manière d’assumer son humanité, dans l’injustice et la trahison, l’angoisse et la douleur, atteint l’absolu. Il révèle Dieu dans sa manière même d’être humain.

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Si cela nous semble compliqué et si l’Islam refuse d’aller aussi loin en affirmant que Jésus n’est pas seulement la Parole, l’Esprit, la miséricorde de Dieu mais qu’il est Dieu lui-même, Un avec le Père dans l’Esprit… si cela nous semble si compliqué, c’est peut-être parce que nous avons une idée préconçue de Dieu. Nous pensons que nous connaissons le Père avant de connaître le Fils… Or le Dieu que nous pensons connaître n’est pas comme celui de Jésus. Jésus meurt sur une croix. Mais notre idée de Dieu est celle d'un Dieu tout puissant qui ne souffre pas et qui ne meurt pas. Jésus a soif, notre représentation de Dieu n’a pas soif. Jésus grandit, notre Dieu est éternel et ne change pas. Jésus aime, notre Dieu peut être généreux et rayonner la bonté comme le soleil, il ne va quand même pas avoir besoin de nous comme un amoureux fou, impatient de retrouver sa bien-aimée.
Nous avons une idée toute faite de Dieu qui ne cadre pas avec Jésus. C’est pour cela que Jésus est rejeté. Ce ne sont pas les "pécheurs" mais les théologiens, les biblistes et les prêtres de son temps qui l'ont condamné. Il n’était pas conforme à ce qu'ils attendaient d'un véritable envoyé de Dieu. Il transgressait la Loi, relativisait le temple, les rites et les sacrifices, il prêchait la réconciliation et communiquait le pardon…

L’évangile d’aujourd’hui, nous invite tout simplement à découvrir qui est le Père, à partir de Jésus et selon son témoignage du Fils, ce qu’il a dit et ce qu’il a fait, selon ce qu’il a été, découvrir le Père avec qui il ne fait qu’un.

« Vous avez pris mon rabbi, mon maître spirituel, disait un juif, et vous en avez fait votre Dieu ».
Nous avons été même plus loin : nous avons changé notre idée de Dieu et nous l’avons corrigée, convertie, suivant celle que Jésus s’en faisait. Notre Dieu n’est pas n’importe quel Dieu. Il est le Dieu de Jésus, celui avec lequel Jésus ne fait qu’un.

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En terminant, je voudrais encore attirer votre attention sur un point qui est véritablement exceptionnel. Avez-vous bien entendu la dernière phrase de Jésus :
« Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père. »
Jésus n’est pas jaloux de ce qu’il a fait, il ne veut pas être le plus grand, le plus ceci ou le plus cela. Il nous encourage à faire plus encore, à accomplir des œuvres plus grandes que celles qu’il a faites. Pour cela, il faut l’inspiration du Père, sa force, son Souffle … et Jésus aujourd’hui nous le propose, tout simplement, puisqu’il est auprès de Lui. N’hésitons pas à le lui demander. Nous ferons alors, à notre tour, l’expérience d’être enfants de Dieu.

note (1) : coran 3 v. 39 ; 3 v. 45 ; 4 v. 171

Homélie donnée pour le 5e dimanche de Pâques, commentaire de l'Evangile de Jean 14, 1-12



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