DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Quand il manque... le manque

Quand il manque... le manque 10 octobre 2015

Un jeune homme parfait

Voilà un jeune homme doué. Il a tout pour lui. Riche et intelligent. Il pose les vraies questions. Il va droit à l’essentiel. Que faire pour avoir la vie éternelle ? C’est à dire vivre en plénitude, d’une vie tellement belle et tellement dense qu’elle ne finira jamais ? Tellement de gens passent à côté de cette question et se contentent de vivoter, alors que c’est la question centrale, vitale, celle qui permet de passer de la survie à la vie véritable !
C’est un jeune homme intéressant, exceptionnel même. Je comprends que Jésus le regarde attentivement et soit pris de sympathie, comme dit le texte, qu’il se mette à l’aimer. J’aime les gens qui vont à l’essentiel et j’aime aussi ceux qui ont une vie saine et équilibrée. Depuis sa jeunesse, il suit les commandements de Dieu. Ce jeune homme dont nous ne connaissons pas le nom, a tout pour lui : il pose les vraies questions, il mène une vie exemplaire et il est riche ! Que demander de mieux ? On se sent vite en sympathie. On aimerait le compter parmi ses amis. Jésus l’appelle à devenir son disciple.

Une seule chose te manque !

Et pourtant « une seule chose te manque », lui dit Jésus. Je disais qu’il a tout pour lui, alors que peut-il donc lui manquer ? Il est riche et comblé, il est intelligent et il est droit, que peut-il lui manquer encore ? Il a tout ce dont nous pouvons rêver. Nous aimerions être comme lui, n’est-ce pas ? Il pourrait être notre modèle, un chrétien intelligent, riche, irréprochable moralement. Je vote pour lui, immédiatement !!!
Et pourtant « une seule chose te manque » lui dit Jésus. Et il ne s’agit pas d’un détail, d’une broutille, d’une affaire dérisoire ? Ce qui lui manque est tellement fondamental, que ce manque lui fait tout rater.

Condition de liberté

Il lui manque le manque. Il lui manque de ne pas être saturé. Parce qu’il y a plus dans le manque que dans la saturation. Comme il y a plus dans la question que dans la réponse. Il ne s’agit pas du manque pour le manque, de la pauvreté pour la pauvreté, encore moins de la misère pour la misère. Il s’agit de lâcher le peu que l’on a (qui est toujours dérisoire) pour s’ouvrir à l’infini. Et c’est ce grand basculement qu’il s’agit de comprendre.
Certes, en donnant aux pauvres, il se ferait un trésor dans le ciel. Mais ce qui importe, c’est de se débarrasser de ce qui l’empêche d’avancer dans la vie. Ce qui importe ici, c’est de briser des liens qui le retiennent attaché. Ce qui importe, c’est de lâcher ce qui le retient pour avancer à l’air libre, dans un espace nouveau, pour respirer le vent du large et découvrir le monde à nouveaux frais. Ce qui importe, c’est de sortir du cocon de l’héritage, pour naître à un espace ouvert, non contrôlé, pour inventer son propre chemin.

Rencontrer le désir de l'autre

Le vrai bonheur n’est pas d’être comblé. Le vrai bonheur n’est pas d’être sans désir. L’absence de désir, c’est la mort ! Le vrai bonheur, c’est de rencontrer un autre désir, comme dans l’aventure du couple, comme dans l’Alliance entre Dieu et l’humanité. Le vrai bonheur est de rencontrer un autre désir et, dans un dialogue respectueux, laisser naître la parole, l’amour, l’avenir. « Que l’homme de désir approche », dit l’Apocalypse ! « Bienheureux les assoiffés, les affamés ». Bienheureux ceux qui sont capables de s’appauvrir, à contre courant de la majorité, ils feront l’expérience du centuple ! J’ai fait vœu de pauvreté, et je peux vous témoigner que j’ai eu jusqu’à aujourd’hui bien plus que le centuple, c’est incroyable mais c’est vrai ! Cela va au-delà de ce que l’on peut imaginer.

Jésus, lui, est en manque

Il s’agit de suivre Jésus. Qu’est-ce que cela signifie ? Eh bien ce récit nous apprend la pauvreté du Christ puisqu’il nous parle d’un échec. Il nous dit un renoncement. Après avoir considéré le jeune homme riche, mettons-nous deux minutes à la place de Jésus. Il aime ce jeune homme quasi parfait. Il l’appelle à participer à ses projets. Il aurait besoin de lui, bien plus que d’un lâche comme Pierre qui reniera trois fois, bien plus que d’un Paul, intégriste et assassin puisqu’il persécutait les chrétiens et qu’il approuvait le meurtre d’Etienne, le premier martyr. Jésus aimerait s’entourer de gens capables, normaux, équilibrés. Mais il accepte le refus. Il ne cherche pas à séduire. Il ne parle pas du centuple, ou plutôt il n’en parle qu’après, à ceux qui ont fait le pas et qui sont déjà autour de lui. Jésus ne cherche pas à culpabiliser, ni à faire comprendre l’occasion inestimable que l’on risque de rater. Il ne manipule pas. Il respecte son interlocuteur et lui laisse toute liberté de se déterminer. Il accepte de limiter ses propres projets, ses ambitions, son propre désir. Il accepte d’être frustré ! Lui qui est le Verbe créateur, à qui tout appartient, il est le vrai pauvre, celui qui vient mendier notre amitié. Et c’est dans la rencontre de son désir, de son appel que nous pouvons être comblés. « J’ai soif », dit-il, soif de toi. Mais il nous laisse choisir notre chemin.

Le centuple, du 10 000 pour cent !

Par l’acceptation de sa propre pauvreté. Jésus accepte que le jeune homme riche refuse sa proposition. Il ouvre ainsi l’attitude de dépossession qui est la condition indispensable pour entrer en communion avec tous, pour être en harmonie avec la création, en faisant, pourquoi pas, l'expérience du centuple. Pour une chose donnée, non pas 5% d'intérêts, non pas même 10% mais cent retrouvées, c'est à dire 10 000% d'intérêt !
 



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