DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Les foules et la communion

Les foules et la communion 24 juin 2014

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Il y a plusieurs manières de se rassasier de la présence de quelqu’un et, réciproquement, de se laisser manger… On peut dévorer les paroles de son interlocuteur et aussi le dévorer des yeux… On peut croquer sa silhouette… on peut savourer son discours. On peut faire sient l’enseignement d’un maître, assimiler ses intuitions, digérer sa pensée… Le langage parlé est riche d’expressions variées qui expriment de multiples manières comment l’on peut s’approprier le message, la force, l’esprit, les idées, la vie de quelqu’un. Il y a une forme de cannibalisme dans la manière de vouloir rencontrer, toucher, accaparer les personnages médiatiques ou ces jours-ci les "dieux des stades", attendre d’eux un mot personnel, se faire prendre en photo à leur côté, leur demander un autographe, une dédicace, voire, si c'est le pape, une bénédiction.

Jésus aurait moins choqué si, au lieu de parler avec un réalisme aussi cru de sa chair et de son sang, il avait parlé de son emploi du temps, dévoré, littéralement mangé. Il aurait été mieux compris car le temps nous manque à nous aussi, dont les journées sont grignotées par de multiples activités chronophages. Nous le savons : pour vivre, il faut de la nourriture, mais il faut aussi un certain espace et il faut du temps.

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C’est tout cela que Jésus nous offre généreusement. Il nous donne l’espace ! Jésus nous envoie, dans le monde entier. Ite misa est : c’est l’envoi ! Le mot « messe », c’est à dire « envoi » a fini par remplacer celui de l’eucharistie. Jésus nous donne l’espace et il nous donne le temps ! Les Hébreux sont morts mais ceux qui mangent le pain de vie et boivent la coupe du partage accèdent à une vie tellement intense et remplie qu’elle ne finira jamais. Sommes-nous conscients de recevoir, avec la force de l’Eucharistie, un espace-temps illimité ? Sommes-nous conscients de recevoir une énergie, un souffle, une force qui abolit les frontières, les distances et les limites de notre vie ? Sommes-nous vraiment conscients d’entrer dans une communion aussi vaste que le monde et aussi large que l’histoire, aux dimensions de toute la création ?

Le pain eucharistique a été partagé, brisé, rompu pour que nous formions ensemble le corps du Christ, vivant dans une vaste et formidable communion. La coupe de vin a été goûtée, bue, pour que nous soyons pris d’une ivresse authentique, saisis par un enthousiasme qui nous renouvelle et nous porte au meilleur de nous mêmes. Les foules des stades, ces jours-ci, vivent une unanimité, une joie et une fierté collectives qui peut donner une petite idée de ce que la communion à la vie du Christ ressuscité, victorieux du mal et de la mort, peut susciter. On a parlé d’opium du peuple, et pourquoi pas ! En ce sens je suis un drogué, en manque d’amour, de communion, de joie, s’il n’y en a pas, mais un addict heureux et comblé quand je participe à une eucharistie où tous ensemble nous prenons part activement, où tous ensemble nous accueillons le Dieu qui se donne à profusion, sans pour autant jamais nous aliéner.

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi. » Vivre par lui, avec lui, en lui… Ne plus s’appartenir, faire corps avec tous ceux qui sont vraiment vivants, voilà une renaissance qui correspond à la vie de tout baptisé dans la mort-résurrection de Jésus.

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Vous me direz que je rêve et que vous n’en êtes pas là du tout. Je le sais bien et moi non plus parce que nous vivons aussi souvent de grands découragements. La force de vivre, la force d’aller jusqu’au bout, la force de vouloir encore ce pas et puis un autre pour marcher jusqu’à destination, cela n’est pas toujours facile à trouver. Nous pouvons être épuisé, nous pouvons même être désespérés, nous pouvons trouver que ce qui se présente à nous est au dessus de nos forces. Mais Dieu a fait alliance avec nous et nous devons compter sur lui. Quand nous n’en pouvons plus, quand nous craquons, il vient prendre le relai. Il est le Serviteur qui prend sur lui le poids de nos insuffisances. Il est celui qui paie le prix de la solidarité quand nous sommes insolvables. Il est celui qui ne peut rien sans nous mais qui nous donne toute sa force pour que nous soyons forts en lui.

Qu’en cette fête du Corps du Christ, nous puissions non pas seulement regarder l’hostie comme le lieu de la présence réelle et sacrée de celui qui est notre Dieu, mais plus encore que nous puissions nous nourrir de lui, de sa présence, de sa force, de son amour, de son souffle. Que nous puissions entrer en communion avec tout notre esprit, notre cœur et même notre corps, avec Dieu et toute la création : en communion avec nous-même, en communion avec les autres, en communion avec l’univers. Qu’ainsi notre vie soit transfigurée et saisie par un enthousiasme contagieux parce que le Christ est ressuscité, qu'il est présent avec nous, en nous, et qu’il nous a tout donné !



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