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Paroles vives

Jésus était-il suicidaire ?

Jésus était-il suicidaire ? 21 mai 2014

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Jésus esit-il suicidaire ? Comprenez ma question : en allant rejoindre Lazare à Béthanie, il se jette dans la gueule du loup. En entrant triomphalement à Jérusalem, il provoque ceux qui ont décidé de le tuer. Il le sait. Il choisit délibérément le lieu et le moment : Jérusalem dans les préparatifs de la Pâque. Son horizon n’est pas d’essayer ailleurs, à nouveaux frais, ce qui n’est pas possible ici. Son propos est d’aller jusqu’au bout, pour provoquer le mal là même où la perversion est la plus développée, dans un affrontement radical au mensonge, à l’imposture et à l’instrumentalisation de Dieu. Son attitude peut sembler suicidaire, c’est vrai. Nietzsche a écrit que Jésus avait piégé Jérusalem dans la culpabilité…
Mais Jésus n’a pas plus forcé les romains à le crucifier que les juifs n'ont forcé les nazis à les gazer ni que les victimes du Rwanda, il y a 20 ans, n’ont forcé leurs bourreaux à les assassiner ! S’il avait fui, Jésus aurait évité la mort mais il aurait refusé une part essentielle de sa mission. Jésus n’est pas un lâche, il n’est pas un fuyard, il n’est pas non plus un passif résigné. Ce n’est pas par faiblesse qu’il entre dans la ville, ce n’est pas une capitulation. Il dévisage le mal et le combat sur son terrain, de toutes ses forces, par delà même l’échec qu’il pressent. Il n’a pas peur de l’opposition, de la calomnie ni du mépris, de ceux-là mêmes qui devraient l’aider : les religieux, les bien pensants, les autorités.

Il s’avance vers la mort, nullement suicidaire, nullement victime consentante, mais fidèle aux plus hautes valeurs de la vie. Il aimerait échapper à la mort, il n’est nullement complice avec le mal qu’il va subir. Mais, parce que tout le mouvement de sa vie est de rejoindre ceux que détruit la mort, il s’avance vers l’abîme et descend aux enfers pour faire sortir ceux qui s’y trouvent enfermés, les mener vers la vie et l’amour retrouvés.
Tout est paradoxal ici. « Christos paradoxos paradoxôn » paradoxe des paradoxes, disait un père de l’Eglise. Il va souffrir parce qu’il aime trop la vie. Il est mis à mort parce qu’il est trop vivant.
 



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