DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Fin du monde

Fin du monde 12 novembre 2015

NB Ce texte a été rédigé avant les attentats de Paris. Le lecteur pourra juger de son actualité, comme de celle de l'Evangile.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 13,24-32.


En ces jours-là, après une pareille détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ;
les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées.
Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire.
Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel.
Laissez-vous instruire par la comparaison du figuier : dès que ses branches deviennent tendres et que sortent les feuilles, vous savez que l’été est proche.

 

Quand viendra la fin, alors le début commencera

Vous connaissez le dicton « tout a une fin ». On précise même avec fatalisme et résignation : « les meilleures choses ont une fin ». Mais Jésus s’inscrit en faux : « tout n’aura pas une fin » nous dit-il, tout ne finira pas.
Quand vous verrez la soit disant « fin de tout », pensez que c’est le début de quelque chose de tout à fait nouveau.
Quand vous verrez le déferlement de la violence et de l’auto-destruction, ne vous inquiétez pas, c’est qu’il y a quelque part enfoui, un germe caché.
Quand tout, autour de vous, paraîtra s’effondrer, vous ne craignez rien, vos pieds reposent sur un socle solide qui ne s’enfoncera pas.
Quand on mettra la main sur vous, quand on s’attaquera non seulement à vos biens, à votre réputation, mais directement à votre corps, tenez-bon et persévérez, cela doit arriver. Ne vous laissez pas atteindre profondément, ne vous laissez pas magnétiser par le comportement grégaire de la foule autour de vous. Il s’agit d’un processus normal d’affrontement radical, de spirale sans fin. La violence réciproque monte progressivement jusqu’aux extrêmes du défoulement. Tout le monde se trouve mobilisé par une haine contagieuse où civils et militaires, hommes et femmes, vieillards et enfants, se trouvent enrôlés dans une folie de destruction, une ivresse d’en finir, une volonté de supprimer le rival à tout prix, fût-ce par sa propre mort. Alors plus rien n’a de sens et l’histoire perd la raison. Le devenir du monde nous échappe même si nous avons l’impression qu’il est entre nos mains et « que cela ne tient qu’à nous ». Comment parler du « droit des prisonniers » après Guantanamo, comment parler de réconciliation, après Auschwitz et Hiroshima ? Les chrétiens ne doivent-il pas, comme Jésus, reconnaître qu’ils ont échoué à communiquer la paix ? « Nous n’avons pas donné le salut à la terre » disait déjà le prophète Isaïe. Notre espérance doit passer par ce constat et aller au-delà. Dieu n’est plus dans le Temple, il n’est plus dans la religion quand elle s’organise comme secte autour d’un gourou. L’Esprit Saint n’a jamais suivi la pensée unique ni les principes d’exclusion. Dieu ne protège pas la cité quand elle s’organise dans l’unanimité contre un soit disant « ennemi commun ». Dieu, en Jésus Christ, a pris le parti des victimes, des exclus, des crucifiés, des niés, des enterrés.

Les signes de la fin

Nous pouvons mettre des mots sur ce processus apocalyptique, et désigner le « terrorisme », les « pandémies » (grippe aviaire, sida, ébola), le « dérèglement climatique » (réchauffement de la planète, fonte des glaces, ralentissement du Gulf Stream, augmentation du rythme et de la gravité des cyclones, relèvement du niveau de la mer), les « génocides » (l’Arménie, la Shoah, le Cambodge, le Rwanda…), les oppositions irréductibles des cycles des vengeances (chiites contre sunnites, juifs contre palestiniens, serbes contre kosovars), la « menace de conflit nucléaire » (vente des vieilles bombes soviétiques, Iran et Pakistan), les « kamikazes », les « grèves générales indéfinies» et, pourquoi pas, la « paralysie des gouvernements » etc. etc. Les pompiers incendiaires n’arrivent plus à éteindre les brulots qu’ils ont allumés. Certains prêchent la croisade contre l’axe du mal, c’est la guerre d’Afghanistan, puis celle de l’Irak, puis la Lybie, puis la Syrie, mais le nouvel ordre mondial est pire qu’avant. La chirurgie préventive s’avère une boucherie, et l’on en vient à opposer les civilisations, les peuples, les religions.
Pour donner aux soldats des raisons de se battre, il faut qu’on y mêle Dieu, que l’on enrôle Dieu dans les armées. Quand les idéologies ne suffisent plus, parce qu’on ne croit plus à la veille opposition du communisme et de la liberté, alors on revient aux vieilles religions : musulmans irakiens contre croisés américains, indous indiens contre musulmans pakistanais. Soyons lucides : Quand on nous prêche la violence, quand on « théologise » la guerre en nous présentant l’ennemi comme le Mal absolu, alors nous devons être incroyants de toutes ces idoles ensanglantées et, comme les premiers chrétiens ne pas avoir peur d’être arrêtés et condamnés pour athéisme. « Je suis athée de tous vos faux dieux » disait un père de l’Eglise. Athée de tous ces dieux en « isme » qui font tant de sacrifices humains.

Les fausses "solutions"

« Ne les croyez pas », nous dit Jésus. Ne vous laissez pas égarer. « Beaucoup viendront sous mon nom ». Beaucoup se feront passer pour défenseurs du christianisme ou du vrai Dieu. Ils vous proposeront la violence comme unique solution « ne marchez pas derrière eux ».

Jésus ne nous dit pas « protégez-vous ! » construisez des abris anti-atomiques comme les suisses, portez des gilets pare-balle et organisez-vous. Non, il nous dit : « il est normal que tout cela arrive, et il faut laisser la violence faire son chemin sans s’inquiéter. Le processus ira jusqu’au bout, puis ce sera autre chose qui commencera. Son message est d’une terrible lucidité et à la fois d’une espérance extraordinaire. Le vieux monde va mourir, le Royaume, lui, ne fait que commencer. Nous devons vivre dans un porte à faux total sur l’amour et sa solidité. Ou l’on y croit ou l’on n’y croit pas, il n’y a pas de moyen terme et si l’on y croit, pas la peine de construire des petits châteaux de sable que la marée montante finira par engloutir tôt ou tard. Il n’y a pas de lieu protégé.

Nous vivons dans des villes qui peuvent paraître protégées. A Bruxelles, je fais parfois visiter la ville à des amis, la Grand Place, la Commission, le Parlement européen… Et l’on peut admirer les édifices anciens et nouveaux. Les disciples de Jésus admiraient le Temple nouveau, tout juste construit à l’emplacement de l’ancien. Comment pouvaient-ils se douter que, quarante ans après, tout serait rasé par les Romains ? Puis que Rome serait à son tour dévastée par les barbares, Constantinople par les « croisés », puis par les Turcs, et ainsi de suite car les civilisations sont mortelles et les empires ne durent pas ?

Kamikazes de la paix

Le message de Jésus nous libère douloureusement. Il nous ôte toute illusion. Il nous précise qu’il n’y a pas d’autre sécurité que la foi. Avec toutes ces destructions, viendra la persécution, ajoute-t-il : « On mettra la main sur vous ». « On vous livrera aux synagogues », entendez aux pouvoirs religieux. Vous serez trainés au tribunal. « Mettez vous bien dans la tête que vous n’avez pas à vous soucier de votre défense ». Là non plus. Ne pas se soucier de sa défense !!! Ne jamais se soucier de sa défense, ni dans ses biens, ni dans sa réputation, ni pour son corps.

Ne perdons pas notre énergie dans la violence mais investissons-la dans la confiance. Soyons des kamikazes de la paix, des fanatiques de l’amour, des fous du pardon, des enthousiastes de l’avenir commun, réinventé.
 



« Le plus récent Le plus ancien »