DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Dieu va changer de religion

Dieu va changer de religion 13 octobre 2014

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Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 22,1-14.

Jésus disait en paraboles : « Le Royaume des cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs pour appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d'autres serviteurs dire aux invités : 'Voilà : mon repas est prêt, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez au repas de noce. ' Mais ils n'en tinrent aucun compte et s'en allèrent, l'un à son champ, l'autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent.

Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et brûla leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : 'Le repas de noce est prêt, mais les invités n'en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce. '

Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils rencontrèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives.

Il arrive parfois que l’on cherche à partager quelque chose d’important, avec ses plus proches et que l’on n’y parvienne pas. Ce qui est le plus précieux pour nous n’est d’aucun intérêt pour eux. C’est douloureux, frustrant. On a l’impression d’être bloqué dans son élan, dans sa joie, dans sa vie, dans son désir même de partager. Si ce qui me fait vivre n’intéresse personne, est-ce que j’existe vraiment ?

Comment pourrons-nous réaliser, même le projet le plus beau, s’il ne peut être partagé ? Comment pourrons-nous connaître la joie si cette joie n’est pas vécue en communion ? Une joie partagée est une joie multipliée ; une joie isolée est une joie perdue. Comment faire la fête en restant seul ? Comment chanter sans aucune résonnance, sans aucun écho ?

Nous avons tous vécu cela plus ou moins. Parce que nous sommes grands-parents et que nos petits-enfants n’ont que faire de ce que nous leur proposons. Parce que nous sommes parents et que l’on se moque des vacances que nous avons programmées. Parce que nous sommes marié et que notre conjoint ne sait s’émerveiller de rien. Parce que nous sommes jeune et que nos parents ne savent pas s’enthousiasmer de nos joies, nous soutenir et nous encourager pour que nos projets deviennent réalité. Parce que nous sommes catéchiste et que personne ne vient aux réunions. Parce que nous sommes artiste et que personne ne vient voir nos tableaux ni écouter nos concerts… On se croyait unis et l’on se découvre étrangers. On se croyait intimes et l’essentiel n’est pas partagé. On se croyait solidaires et l’on se découvre indifférents. On voudrait ouvrir tout grand son cœur à ses amis et l’on ne rencontre que mépris. Et c’est insupportable, et c’est très violent, comme la rupture du tissu même de la vie.

***

Eh bien, nous dit Jésus, cette expérience d’une rupture glaciale entre vos proches et vous n’est pas seulement la vôtre, elle est celle-là même de Dieu. Et c’est là que l’histoire de Jésus nous intéresse. Car elle nous montre, et nous en faisons aussi l’expérience heureusement, que dans cette épreuve, de l’imprévisible survient en forme de nouvelles relations, qui n’ont plus rien de naturel, de familial, de la proximité sociale : des relations nouvelles qui sont totalement gratuites, humaines tout simplement, vivantes et sources de joie. Des gens que l’on ne connaissait pas encore, qui n’étaient pas de notre famille, ni des frères ni des sœurs, ni même des cousins : des gens totalement inconnus se manifestent infiniment proches et disponibles, tout simplement présents pour se réjouir avec nous. Et l’on fait l’expérience d’une communion insoupçonnée, l’expérience d’un accord qui a quelque chose d’universel. Il n’y a plus de premier ni de deuxième cercle, il s’agit d’une unique fraternité, universelle.

« Qui sont mes frères ? qui sont mes sœurs ? Qui est ma mère ? Ce sont ceux qui mettent en pratique la parole de Dieu » parole de Jésus. Il ne méprise pas du tout ce que représente un frère, une sœur, une mère, tout au contraire, mais il nous dit qu’il ne s’agit pas là d’un monopole et que nous sommes tous invités à partager cette intimité, cette proximité. Qui sont donc mes amis ? Tous ceux qui m’entourent dans les grands moments importants de ma vie. Le Royaume de Dieu, c’est cela, tout simplement. Il est présent, dès maintenant parmi nous, et il suffit d’essayer, de s’y lancer. Il peut commencer tout de suite, dès que quelque chose est partagé. Ce peut être un bout de pain, ce peut être trois minutes à se parler à la sortie, cela peut être un rien du tout, qui peut aller très loin. Est sacrement, ce petit rien qui a force d’absolu et qui donne accès au tout, à la vie même de Dieu, irruption de l’infini.

***

Ce que cette histoire nous dit, c’est que Dieu est frustré, qu’il est en manque, qu’il nous attend. Si nous avons-nous aussi ressenti ne serait-ce qu’un tout petit peu l’expérience de n’être pas reconnu, nous pouvons imaginer ce qu’il ressent, lui qui a tout préparé. Alors, à notre tour, donnons-lui quelques minutes pour l’écouter, pour lui être présent, pour nous réjouir de ce qui lui fait plaisir, pour être avec lui, tout simplement. Si nous le faisons pas, il va envoyer un message sur facebook, inviter n’importe qui et nous dire qu’il change de religion !



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