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Paroles vives

Ascension : une nouvelle voie

Ascension : une nouvelle voie 29 mai 2014

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Une nouvelle voie
 

Il y a deux aspects dans l'ascension de Jésus :
- Un aspect heureux : Le Christ monte dans les cieux. Avec son humanité ressuscitée, il participe à la vie de Dieu. Comme dit le Credo : il est assis à la droite du Père.
- Un aspect malheureux ou du moins douloureux accompagne ce fait : il s’agit d’un départ. Les apôtres perdent Jésus de vue. Celui-ci échappe à leurs regards.
Ces deux volets ouvrent sur une perspective : dans l’attente du retour de Jésus, il va falloir vivre et s’organiser…

Je reprends le premier point : la glorification de Jésus. Quand on aime quelqu’un, on s’intéresse à ce qui lui arrive personnellement et pas seulement aux conséquences qui en découlent pour soi.
Le Christ entre dans la vie de Dieu. Il atteint la perfection de la vie. La nuée lumineuse qui le masque à nos regards rappelle l’Exode et la présence de Dieu. C’est parce que le Christ est comme happé par le Dieu vivant, qu’il n’est plus possible de le voir. Impossible de voir Dieu Sans mourir… Cette nuée fait écran parce que la gloire du Christ est incompatible avec notre condition historique. D’une certaine manière, la nuée nous protège de la manifestation totale du Christ glorifié, manifestation qui ferait éclater notre condition présente dans l’espace et dans le temps. « Jésus ne saurait se rendre visible tel qu’il est réellement, sans détruire le monde présent qui est encore celui de la mort. Nous ne connaîtrons pleinement le monde de la résurrection qu’au jour de la parousie, à la fin de l’histoire ».

L’épître aux hébreux parle en images : « A travers le voile, c’est-à-dire dans sa chair, Jésus a inauguré une voie nouvelle et vivante » « Une voie nouvelle et vivante », c’est le langage de l’alpinisme, pas étonnant pour une « ascension ». Imaginez l’humanité bloquée dans la paroi, inexpérimentée, ne sachant par où passer, ne pouvant ni reculer, ni avancer : des hommes perdus ! Un guide les rejoint, il prend la tête, il les précède au sommet ! C’est gagné, ils sont sauvés !

Les conséquences pour nous, les voici :
L’impasse de l’existence humaine a sauté.
L’esclavage de la chair et de la mort est aboli.
La peur est détrônée par la confiance.
Le Non-Sens cède à l’Espérance.
« Une voie nouvelle est ouverte vers la Vie » !

Tout cela se dit bien sûr à travers des images et si vous préférez l’univers marin à celui de la montagne, on peut essayer ! Suivant l’épître aux hébreux : « notre espérance est pour nous comme une ancre de l’âme, bien fermement fixée, qui pénètre au delà du voile, là où est entré pour nous en précurseur, Jésus, devenu grand prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech ».
Ici l’image maritime se mêle à l’image du Temple et la seconde image vient heureusement corriger la première car si l’ancre permet de tenir, il faut éviter de la rejoindre au fond… Le voile du Temple, lui, peut en revanche être franchi pour accéder au « Saint des Saints », en la présence de Dieu.

Vous l’avez compris, l’Ascension de Jésus ne correspond pas tout à fait à un départ en fusée Ariane ni en hélicoptère… Il y a là tout un monde symbolique qu’il faut savoir considérer comme tel, et analyser, si l’on ne veut pas en rester à la simple matérialité des faits rapportés. Leur représentation naïve a, certes, nourri la foi des chrétiens pendant des siècles mais le concile Vatican II nous appelle bien à considérer « les genres littéraires ». Il est clair qu’ici l’ascension du prophète Elie a fourni un modèle pour notre récit.

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Je voudrais maintenant insister sur mon deuxième point, le départ de Jésus avec tout ce qu’il signifie pour ses amis.

La parole des anges est claire : la relation au Ressuscité doit entrer dans une phase nouvelle. Le Christ est désormais absent physiquement. En termes psychologiques, il faut que les disciples fassent un travail de deuil, qu’ils aillent retrouver leurs activités. C’est net, il faut qu’ils se débrouillent, tout comme s’ils étaient seuls : qu’ils fassent preuve d’initiative et de responsabilité. « Livrés à eux-mêmes » comme on dit, ils ont perdu le guide qui marchait devant eux ; Il ne leur est plus possible d’écouter ses paroles ni de suivre ses pas. La relation au Ressuscité doit se vivre dans la foi, sans le support de la vue. Elle ne se vit plus dans l’évidence et dans l’extériorité, mais dans l’intériorité de l’intuition.

L’Ascension de Jésus est placée entre la mort-résurrection et l’envoi de l’Esprit. Celui-ci est vivement attendu et l’on ressent le manque qu’il va combler. J’ai dit qu’il s’agit d’un départ. Jésus est perdu de vue. « Perdu », oui, et j’ai parlé d’un deuil. Structurellement, pour nous, l’ascension fonctionne comme le Vendredi Saint. Elle crée une rupture, une séparation. Cette séparation n’est pas ici le fait du refus des hommes ni de leur cruauté. Elle fait partie du projet de Dieu ! Elle correspond à son accomplissement plénier.

La Pentecôte viendra combler le vide qui s’est créé, comme la Résurrection répondait à la déroute du Vendredi Saint. Mais on ne revient jamais à une situation antérieure, chaque fois un pas important est franchi. C’est un mortel qui est crucifié, mais c’est un Christ glorifié que les apparitions pascales font rencontrer. Dans l’Ascension, c’est le guide qui disparaît pour toujours et c’est un guide intérieur que la Pentecôte va communiquer, un guide intérieur qui va rendre actifs en personnalisant les apôtres, amenés à s’organiser, qui va faire d’eux des disciples adultes dans leur foi et reliés entre eux.

Il est clair que l’événement pascal n’est qu’un seul et unique mystère, une seule et même réalité que l’on approche par étapes sous différents aspects : la mort de Jésus et son départ, le don du dernier souffle et celui de l’Esprit. Chaque évangéliste en parle différemment pour nous faire comprendre à sa manière ce qu’il a perçu.

Le Crucifié est le premier-né d’entre les morts. Il nous précède auprès du Père. Son départ et le don de l’Esprit font naître l’Eglise à toutes ses responsabilités dans une impressionnante autonomie.
 



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