DOMUNI UNIVERSITAS

10 jours en terre ceinte

22 novembre 2018 | resena
10 jours en terre ceinte

Recherche: Bernard BLOCH

Bernard BLOCH

Père Patrice Sabater, cm

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Nos racines profondes nous convoquent et souvent nous obligent. Ainsi en est-il pour Bernard BLOCH, comédien, acteur et homme de théâtre que nous connaissons depuis longtemps. Nous l’avons vu dans plusieurs films proposés par Yves Boisset, Jacques Audiard, Claude Lelouch ou Ken Loach. A la télévision française, nous nous sommes accoutumés à le voir dans plusieurs séries telles que Section de Recherches, Julie Lescaut, Boulevard du Palais ou plus lointainement dans Les Brigades du Tigre.

 

En juin 2013, il entreprend un voyage en Israël organisé par le Journal Témoignage chrétien dirigé alors par Georges MONTARON. Bernard BLOCH est né en Alsace d’une famille juive. Son père, allemand, pétri de littérature allemande avait fui l’Allemagne en 1934. Il va d’abord en Suisse ; puis se réfugie en France en 1935. Là, il rencontre sa future épouse en 1937. Elle est juive alsacienne. La famille se réfugie en Suisse jusqu’en 1943 où ils vivront la clandestinité jusqu’à l’issue du conflit. L’auteur est né en décembre 1949, soit douze ans après la rencontre de ses parents et quelques mois après la création de l’Etat d’Israël. En 1962, à Jérusalem, comme tout jeune garçon de son âge, il fait la Bar Mitzvah. Avec cette célébration, il entre dans la Communauté de destin du Peuple Juif mais aussi dans la Communauté priante et agissante. S’il a des droits dans la Communauté, il a aussi des devoirs… Ce voyage est donc un retour en Israël cinquante ans après. Un voyage de mémoire qu’il accomplit dans un groupe de trente-sept chrétiens, catholiques de Gauche. Ils visitent tour à tour Israël et la Cisjordanie en compagnie du Père Johnny , prêtre palestinien du Patriarcat latin de Jérusalem en ministère à Naplouse.

 

Habitué à jouer avec les mots, à les interpréter, à faire passer des émotions, Bernard BLOCH va devoir faire ce travail de mémoire et de vérité. Il est bousculé…, convaincu de la nécessité de parler avec des mots justes, des mots d’homme et de juif. Il profite de ce temps pour rencontrer sa famille installée en Israël. Avec elle, il confronte son point de vue. « Je ne peux (ou ne veux) ni être pro-palestinien, ni pro-israélien. Ce sont des étiquettes qui paralysent toute possibilité de dialogue. Je ne suis pas pro, je suis anti-pro, un amateur, en quelque sorte ». (page 109)

 

Le livre que nous proposent les Editions Magellan ressemble davantage à un Journal de voyage, une chronique de ce qu’il voit et de ce qu’il ressent au contact de deux peuples et de trois religions. Il s’indigne au sujet de la destruction d’une quantité importante d’oliviers, de la colonisation à tout crin, du Mur de séparation construit sur 750 kilomètres divisant ainsi des villages, des familles  et repoussant d’autant des espoirs déçus. Il avoue, dépité : « C’est nous qui décidons quand ils veulent entrer ou sortir, pour qu’ils ne sachent jamais quelles sont les règles du jeu ». Un membre du groupe s’émeut, en passant, que ce sont les descendants du Ghetto de Varsovie qui ont fait cela… Autre mur ; celui des Lamentations ou Mur occidental. La mémoire du Peuple d’Israël, son rapport au Dieu d’Israël, la présence sur cette Terre et la mémoire que chacun est invité à porter en son cœur… Mémoire qui fait mal, qui tord les boyaux, et qui fait espérer l’Homme contre toute espérance. Entre ces deux murs, il y a des hommes et des femmes, des espérances, de la difficulté à se parler, à se raconter et surtout à accepter l’Autre. Des ONG rencontrées par le groupe s’opposent à la politique menée par le Likoud et ses alliés. Elles agissent pour que les uns et les autres puissent vivre en paix et en bon entendement dans un seul et même Etat… « Isratine » !!! « Si la légitimité de l’existence d’Israël est aujourd’hui une donnée incontournable, celle des Palestiniens à vivre libres sur cette terre l’est au moins autant.» (page 52)

 

Bernard BLOCH dit des mots avec humanité. Parfois, il les énonce avec plus de force et de violence. Son écriture est juste. Il défend ce qu’il dit, et ce qu’il pense. Il le propose à notre sagacité et à notre réflexion. On appréciera ce livre venant d’un juif au milieu d’un environnement ponctuel chrétien lors d’un voyage. Son témoignage nous permet d’ouvrir les yeux pour que cette « terre ceinte » par sa complexité et la dureté de la situation puisse un jour être « en-ceinte » d’une espérance de paix qui ne décevra (enfin) ni les uns ni les autres. A lire.

 

Patrice SABATER, cm

Novembre 2018

 

Bernard BLOCH, 10 jours en terre ceinte. Editions Magellan & Co. Paris, 2017.187 pages.15 €

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