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Paroles vives

Perle bleue ou bombe à retardement ?

Perle bleue ou bombe à retardement ? 25 juillet 2014

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Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 13,44-46.

Le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l'homme qui l'a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète ce champ. Ou encore : Le Royaume des cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu'il possède, et il achète la perle.

La planète va mal. Tout va mal. Crise économique, guerre disséminée, terrorisme aveugle, violences gratuites, cruelles, absurdes, agressions, répressions. Le monde est devenu fou et c’est dans ce contexte de peur que nous écoutons les paraboles sur le Royaume de Dieu.

La parabole de la perle peut nous parler aujourd’hui de manière renouvelée. Parce qu’avec les vues satellites, nous avons pris l’habitude de voir notre planète, la « planète bleue », toute petite dans l’univers, comme une perle lumineuse qui tourne sur elle-même, en circulant avec les autres autour du soleil... Comment le Dieu vivant voit-il cette perle unique, cette perle vivante qui est si belle ? L’acheteur de la parabole pourrait être lui ! Mais il ne suffit pas de l’acheter. Il s’agit de la racheter, de la sauver. Et le prix est tellement élevé, qu’il faut tout donner, tout pardonner.

Car notre perle est devenue folle. Il suffit d’allumer la télévision pour voir que l’humanité a perdu la raison. Depuis qu’elle maitrise la technique, elle fabrique chaque fois des armes plus puissantes au point qu’elle peut maintenant tout faire sauter ! Plusieurs fois, comme si une seule fois ne suffisait pas. La perle est devenue dangereuse, comme une grenade activée, une bombe à retardement

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Aujourd’hui nous avons peur, avec l’impression de vivre en sursis comme des survivants. Car l’étonnant n’est pas que l’explosion puisse arriver, c’est qu’elle ne se soit pas produite encore.

Sur les monuments des catastrophes, il est toujours écrit : « plus jamais ça ! » Nous inventons chaque fois quelque chose de pire mais la planète tourne encore… pour combien de temps ?

Il faudrait que quelqu’un éteigne la mêche, avant que tout ne vienne à exploser. Qui ? Un seul homme, un groupe, un peuple ? à quel prix ?

Quand l’humanité se trouve face à l’impossible, elle invoque Dieu. Juifs, chrétiens, musulmans, religieux de tous bords, chiites, sunnites, faucons et colombes, intégristes et progressistes, tous, ils prient. Parfois ils prient même ensemble, comme lorsque le pape François a invité le président d’Israël et celui de l’état palestinien. Le plus souvent, ils prient maladroitement chacun de leur côté. Les hommes, ne savent plus arrêter la machine infernale de la haine qu’ils ont lancée.

Comment désamorcer la haine, comment désarmer l’agressivité ? C’est la question majeure de notre temps. Il ne s’agit pas d’inventer un drône de plus ni de fabriquer un nouveau radar protecteur, cela ne suffit plus. Il faut aller au cœur du problème, au cœur du mal, éradiquer la haine, établir la confiance, faire triompher l’amour. Répondre au mal par le mal, même de manière graduée, « œil pour œil, dent pour dent » n’est pas la solution. Il faut répondre au mal par le bien et tendre l’autre joue, c’est à dire répondre autrement, inventer chaque fois une réponse qui ne soit pas symétrique, en réaction automatique, mais un vrai geste humain qui laisse ouvert l’avenir en maintenant la relation.

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C’est trop difficile pour nous. Avouons-le tout simplement, c’est trop cher payé pour nous.

La bonne nouvelle que portent les chrétiens est que Dieu s’y engage à fond, le premier. Nous pouvons collaborer mais il a payé le prix fort. C’est à dire qu’il a tout donné, tout pardonné. A notre tour, dans le même Esprit, dans le même Elan, nous pouvons entrer dans la seule logique possible, qui est celle du pardon. Il ne s’agit pas d’imaginer que notre pardon suffit. Il s’agit de témoigner que le pardon est offert, proposé. Il s’agit de témoigner que Dieu, lui, a pardonné, que le Christ est allé jusqu’au bout, qu’il est possible d’envisager l’impossible, c’est à dire la réconciliation.

Il s’agit de témoigner de lui, comme puissance de résurrection, de re-création, pas de nous, même si nous sommes bons ou pas trop mauvais. Il s'agit de témoigner du Dieu qui se donne et qui pardonne, pas de celui qui prendrait de force ni qui s'imposerait. Ce témoignage a aussi un prix. En grec, témoignage se dit martyr. Il y a des moments où il n’y a pas d’autre voie. Il ne s’agit pas d’être kamikases en donnant la mort, il s’agit d’être martyr, témoin de l’amour et du pardon, témoins de la vie ! Il y a en a beaucoup, ces jours-ci.



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