DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Deux par deux

Deux par deux 10 juillet 2015

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc  Mc. 6,7-13

En ce temps-là, Jésus appela les Douze ; alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Il leur donnait autorité sur les esprits impurs,
et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture.
« Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. »
Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ.
Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. »
Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir.
Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.

L'envoi des disciples

Pourquoi Jésus envoie-t-il ses disciples deux par deux ? Parce qu’il faut être plusieurs pour témoigner d’un Dieu qui est un et qui est trois, qui est amour et donc communauté. Pour témoigner, il faut d’abord donner à expérimenter, pour ensuite y mettre les mots et le chiffre 2, c’est le chiffre minimum pour vivre la discussion, la relation, le dialogue, l’amitié ! Notre Dieu est amitié. Pour témoigner de l’amitié, il faut être au moins deux.

Une fois répondu à la question du chiffre deux, qui est aussi celui du couple, demandons-nous pourquoi Jésus les envoie.
Il les a d’abord appelés à venir vers lui, pour les détacher de leurs routines et leur apprendre à vivre vraiment. Il les a initiés à son projet, il leur a communiqué son Esprit, sa logique, sa philosophie, sa théologie, sa façon de voir les autres, le monde, Dieu. Mais cette proximité n’a qu’un temps. Il ne cherche pas à être entouré par des admirateurs, une cour, un public captif. Il cherche à faire de ses disciples des amis, à part entière, capables d’initiative et de liberté. C’est pourquoi il les envoie, il les émancipe, il les met au monde, pour ainsi dire. Il les envoie parler et agir en son nom, en dehors de sa présence physique, en dehors de son contrôle direct. Il délègue les responsabilités. Il envoie des représentants, des lieutenants. Il se fait représenter. Cet acte de confiance est impressionnant. Il a foi en eux.

Quand on connaît les hommes, ce dont ils sont capables, mais aussi ce dont ils ne sont pas capables, la confiance que Dieu nous fait en nous remettant la charge de témoigner de lui, est une vraie folie. Comment serons nous capables de vivre suffisamment la gratuité, le pardon, la solidarité au point de donner à comprendre qui Il est ? N’allons-nous pas davantage présenter des caricatures et provoquer le rejet, que des icônes qui aident à croire et à imaginer ?
Cette folie de la confiance de Dieu, manifestée en Jésus-Christ, c’est en fait la réalité-même de ce qu’il est. Cette folie, c’est bien lui. Il est Celui qui fait confiance, Celui qui se confie, qui se remet entre nos mains. Il le fait consciemment, délibérément, depuis la crèche de Noël où il est nu sur la paille et totalement dépendant, jusqu’à la croix où il expire du fait de l’injustice et du refus d’aimer.

C’est pourquoi, vous l’avez peut être remarqué, l’insistance de Jésus ne porte pas sur ce qu’il faut dire. Il ne distribue aucun catéchisme. Il ne demande pas de répéter des formules ni un message enregistré. Il insiste sur la pauvreté des moyens à utiliser : une tunique (quand même !) mais une seule, je ne sais pas comment il faut faire pour se laver… une seule paire de sandales, et c’est tout. Il s’agit de voyager « léger » : pas de bâton, pas de sac, pas même un sandwich, pas d’eau non plus, et pas de pièce de monnaie, encore moins de billet, de carte de crédit…
Pourquoi si peu ? Pourquoi ce rien pour témoigner de celui qui est tout ?

Nous nous désespérons de n’être pas reçus, entendus, mais nous faisons tout le contraire de ce que recommande Jésus : nous accumulons les moyens, comptes en banque, maisons, serrures, bibliothèques, ordinateurs. Nous sommes si lourdement chargés que nous restons immobilisés. J’ai parfois entendu qu’ « il faut être armé pour rencontrer le monde ». Dans l’évangile, c’est tout le contraire : une pauvreté désarmante, pour neutraliser l’agressivité.
Jésus est très moderne, il a compris que le message, c’est le média. La manière d’annoncer, voilà ce qui est reçu. Et ce qu’il faut annoncer, c’est que l’accueil c’est le paradis, alors que le rejet, c’est l’enfer. Celui qui m’accueille, quand je n’ai rien, celui qui me donne à boire, celui qui me nourrit, fait l’expérience immédiate du don, de la gratuité : il fait une mini expérience du Dieu de Jésus-Christ. Notre Dieu est un mendiant d’amour. Il nous a tout donné, tout confié, il attend le retour.

En envoyant ses disciples sur les chemins, Jésus leur donne de faire l’expérience de Dieu face à l’humanité. Tout est renversé car comme le dit saint Paul, c’est dans notre faiblesse que se manifeste la puissance de Dieu. Et c’est une bonne nouvelle : de faiblesse, nous ne manquerons jamais !
 



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