DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Au Diable les tentations !

Au Diable les tentations ! 21 mai 2014

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« Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le démon s'éloigna de Jésus jusqu'au moment fixé ».
« Ayant épuisé toutes les formes de tentations » : Jésus est tenté au niveau du manger, c’est à dire des besoins basiques, liés à la survie. Il est tenté au niveau du pouvoir, le pouvoir universel, sur toutes les nations. Et il est tenté au niveau de la foi : instrumentaliser Dieu pour obtenir certains prodiges, en quelque sorte pratiquer la magie.
L’Evangile concentre dans un récit stylisé et à un moment précis ce qui est le problème permanent de Jésus tout au long de sa vie, par exemple lorsque le peuple veut le prendre comme roi, lorsque les disciples veulent faire descendre le feu du ciel sur un village récalcitrant, ou encore lorsqu’au bord du puits, fatigué par le chemin, il a soif. Jésus est tenté.
Cela nous montre qu’il est normal d’être tenté et que cela n’est pas en soi un péché. Mais interrogeons-nous sur la nature de la tentation. Jésus a faim et il souhaite transformer les pierres en pain. N’est pas tout à fait normal ? Où est le problème ? C’est ce que tout agriculteur pratique dans son métier : il transforme la terre en pain et, s’il y a beaucoup de cailloux, on peut dire qu’il transforme ces cailloux en pains. Ensuite Jésus souhaite le pouvoir sur les nations, ce qui est encore tout à fait justifié car c’est l’objet même de sa mission, pour conduire l’humanité vers Dieu. Finalement, placé sur la corniche du Temple, il rêve de se jeter en bas sans se casser les os. C’est quelque chose qu’il vivra en mieux, le jour de l’ascension !
On le voit bien. Pour Jésus, la tentation ne porte pas sur l’objet, lequel n’est pas mauvais et qu’il a le droit de désirer mais sur la manière de l’obtenir, qui peut être faussée s’il se comporte comme un enfant capricieux qui exige tout et tout de suite, comme s’il était un petit dieu à qui tout doit obéir. Manger, c’est bon. Avoir pouvoir sur les nations, quand on est le Messie, est tout à fait souhaitable. Pouvoir surmonter les forces physiques de la gravité, est à encourager : nous utilisons des avions et des fusées.
Les choses qui nous tentent ne sont pas mauvaises en elles-mêmes. Et le fait de les désirer n’est pas nécessairement un péché. Contrairement à certains courants de pensée comme le bouddhisme, pour qui le désir est source de souffrance et donc est mauvais, pour le christianisme le désir est bon. Sauf si nous sommes psychiquement malades, nous désirons en général des choses très bonnes et très belles. Il est bon de désirer de grandes et belles choses, c’est une vertu qui s’appelle la magnanimité.
La tentation peut être de vouloir les obtenir de manière dévoyée : les obtenir immédiatement, alors qu’il faudrait travailler, patienter, respecter, entrer en relation. Pour changer les pierres en pain, il faut au moins semer, récolter, moudre le grain, faire cuire le pain. Pour devenir un artiste, il faut beaucoup s’entraîner. Pour jouer avec la pesanteur, il faut construire un parachute ou un avion…
Pour exercer sa mission, comme tout le monde, Jésus est tenté par l’usage de la force et de la facilité. Nouvel Adam, il est tenté de jouer au petit dieu ou, plutôt, de jouer à l’apprenti sorcier. Et nous aussi, nous sommes tentés d’attendre de lui ce qui ne convient pas : nous sommes tentés de tenter Dieu. Nous sommes tentés de nous représenter Dieu comme la projection de tous nos désirs de puissance et d’autonomie.
« Descend de ta croix, et nous croirons en toi ! » disaient les passants. Quand nous faisons des prières semblables, qu’attendons-nous de Jésus ? Que lui demandons-nous ? Quelle relation avons-nous avec lui et avec Dieu ? Quel rôle lui faisons-nous jouer ? N’est-ce pas nous qui venons le tenter ? Est-ce si simple ? On entend souvent « il n’y a qu’à… » et le gouvernement n’a qu’à… et les parents n’ont qu’à… et les enfants n’ont qu’à… vraiment ?
Jésus est le messie et, pour accomplir sa mission, il est tenté d’utiliser des moyens qui ne sont pas des moyens humains. Il est tenté d’échapper aux limites de la condition humaine. Dans nos projets, pour faire face à nos responsabilités, nous sommes nous aussi souvent tentés de nous prendre pour des messies triomphants ou même pour des petits dieux. Le récit de la tentation de Jésus est très proche du récit de la Genèse, c’est la question des limites et des médiations.
Notre tentation et la tentation de Dieu sont si proches que nous avons besoin de lui pour être vraiment humains. Jésus se fait homme pour que nous apprenions à être humains et, ce faisant, à devenir des dieux, mais des vrais.
 



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