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Revue Telos

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Dernier numéro

La philosophie africaine

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Lorsque nous puisons dans notre mémoire d’anciens.nes étudiants·es le souvenir de la philosophie, c’est tout un univers qui se dessine : le logos, la sophia, Socrate, Aristote, Athènes et l’aurore de la raison. Nous sommes propulsés dans le monde grec et l’héritage culturel qu’il constitue.

Mais alors, comment expliquer que cette « science de l’universalité » qu’est la philosophie ne nous évoque que du particulier : un lieu, une époque, des personnages, une langue ? Pourquoi la philosophie, du moins son origine, est-elle située si, par définition, elle n’a pas de lieu ?

Si nous attribuons un lieu et un contexte de naissance à la philosophie, alors nous inscrivons cette discipline dans une histoire linéaire, excluant du même coup les autres dimensions de l’histoire de la pensée. En témoignent les conclusions de l’œuvre de Martin Heidegger : la philosophie parle grec ou bien parle allemand. Tout le reste ne peut être que d’infructueuses tentatives d’atteindre l’être en tant qu’être.

Voici la philosophie limitée, étriquée, sans d’autre horizon que sa propre histoire. Or, et c’est ce qui est soutenu par le titre même notre revue, il n’est pas de véritable telos s’il est un autotelos, autrement dit : nous ne pouvons être nous-mêmes notre propre fin.
La philosophie est une ouverture au monde qui ne se contente pas d’identités.
C’est pourquoi il nous est important d’inaugurer aujourd’hui ce dossier « philosophie africaine » afin d’aborder la philosophie par un autre continent et ainsi d’élargir notre horizon de pensée.

Pourtant, parler de philosophie africaine n’est pas sans dangers. Là encore, nous risquons la réduction d’une discipline à un lieu et à une histoire particuliers. Il s’agira alors d’être prudent et de rester fidèle à une pensée qui se relève d’une mésestime tenace.
En effet, la reconnaissance de la pensée africaine comme philosophie s’est faite difficilement : au XVIIIe siècle, Levy-Bruyl refuse toute considération d’une telle « pensée primitive », puis vient ensuite Placide Tempels qui, en missionnaire méticuleux, met au jour toute la pertinence et la profondeur de la pensée bantoue ; après quoi on qualifie les innovations africaines d’ethnophilosophies, terme quelque peu méprisant qui contrarie la qualification de philosophie.

Aujourd’hui, même si le débat n’est pas clos, il nous est important de parler ici de philosophie africaine, ne serait-ce que pour nous engager à repenser la philosophie en elle-même, repenser l’idée d’un discours à visée théorique et universelle. Et cela de manière transculturelle. C’est ainsi l’occasion d’ouvrir cette discipline à de nouveaux terrains d’exploration, de nouvelles possibilités de dialogue, dans le souci bienveillant de conserver les modalités de chaque tradition de pensée.

Car penser la philosophie africaine, c’est se permettre de penser la philosophie et son histoire non plus comme un héritage de la seule pensée occidentale, mais en l’ouvrant à toute l’humanité. L’enjeu est aujourd’hui d’étudier la philosophie africaine, sans la réduire à sa branche occidentale et tout en conservant ce qu’elle peut apporter de nouveau aux penseurs et chercheurs d’aujourd’hui. Comment la philosophie africaine va-t-elle modifier radicalement la manière de faire de la philosophie ? Telle est la question que l’on se posera avec les différents auteurs des articles de ce dossier spécial.