DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Qui suis-je ?

Qui suis-je ? 14 septembre 2015

Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 8,27-35.

Jésus s'en alla avec ses disciples vers les villages situés dans la région de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il les interrogeait : « Pour les gens, qui suis-je ? »
Ils répondirent : « Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres, un des prophètes. »
Il les interrogeait de nouveau : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre prend la parole et répond : « Tu es le Messie. »
Il leur défendit alors vivement de parler de lui à personne.
Et, pour la première fois, il leur enseigna qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite.
Jésus disait cela ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches.
Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu'un veut marcher derrière moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix, et qu'il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie pour moi et pour l'Évangile la sauvera.

 

 

« Qui suis-je, pour vous ? »

Exprimer sa reconnaissance

Cette question de Jésus nous ouvre la possibilité d’exprimer notre reconnaissance, et la reconnaissance, c’est le maître mot de l’amour. La reconnaissance dit à la fois l’identité de l’autre, pour le confirmer, le rassurer, l’encourager et elle exprime la gratitude, l’affection. « Qui suis-je, pour toi ? » « Qu’est-ce que je représente pour toi ? » « Quelle est la place que j’occupe dans ta vie ? »

Une identité qui fait question

C’est ainsi que j’entends cette question. Une question qui traverse les siècles pour arriver jusqu’à nous. Et je trouve d’abord extraordinaire que Jésus s’exprime sous forme de question, car les grands de ce monde ne posent pas de question, ils imposent leur identité. Ils se donnent à eux-mêmes des titres et ils s’auto-affirment : Empereur, Roi, Pape, Cardinal, Président, Secrétaire Général, Calife… Ils se font appeler Sa Majesté, Sa Béatitude, Son excellence ou même Sa Sainteté… (quelques fois je plaisante, en disant « sa pro-éminence »…). Non seulement Jésus passe incognito dans les rues, mais plus encore il pose la question de son identité.

L'espérance des peuples

Pierre répond « Tu es le Messie ». Ce mot technique appartient à un monde culturel qui n’est plus le nôtre. Quel contenu puis-je lui donner aujourd’hui ? Je propose : tu incarnes l’espérance des peuples, au pluriel, car tous les peuples attendent un messie. Je me souviens en Haïti quand Aristide a été élu « Titid président ! » Il aurait mieux fait de refuser d’endosser la projection imaginaire des foules, tout comme Jésus quand il a refusé d’être roi. Il est impossible de régler tous les problèmes si les gens ne se convertissent pas. Le messie, c’est l’espoir ambigu, magique des peuples, mais, dans la Bible, il correspond aussi à la promesse de Dieu. Avec la venue du messie, viendra le don messianique, le don par excellence et « la sagesse de Dieu comblera la terre comme l’océan couvre le fond de l’océan », prophétise Isaïe. Et ce don parfait n’est pas seulement un don, il est le don de se donner.

En attendant, l’espérance des peuples est très concrète. Quand on voit la composition du budget des pauvres, la première préoccupation est d’avoir à manger, puis d’avoir un toit où se protéger, puis d’être en bonne santé, de vivre en paix. Finalement, c’est celle d’échapper à la mort. Or justement Jésus annonce sa mort. Et la question de son identité rebondit. La croix se pose au sommet de l’histoire humaine comme un immense point d’interrogation.

Jésus est décevant

Il faut bien reconnaître que, d’une certaine façon, Jésus est décevant. Comme Pierre, nous souhaitons un messie triomphant, à l’opposé de celui qu’annonce le prophète Isaïe (ch53). Et Jésus nous répond, comme il a répondu à Pierre « Arrière Satan ! ». C’est la tentation permanente de l’Eglise, celle du triomphalisme dans les bâtiments, les liturgies, les ornements.
C’est aussi le refus du Coran. Dans ce livre, le Christ n’est pas mort. Il est parti dans une ascension. Un prophète, un ami de Dieu ne peut pas mourir. C’est ce que pense Pierre, c’est ce que nous pensons tous.

La vulnérabilité, c'est crucial

Nous avons du mal à accepter la vulnérabilité. Or elle est inévitable, nous sommes limités et, plutôt que chercher vainement à l’éviter, il vaut mieux l’assumer positivement comme une richesse relationnelle. La vulnérabilité est la condition de l’amour. Impossible d’aimer sans respecter la liberté. Impossible de respecter la liberté sans accepter la possibilité d’un refus et d’être blessé. Jésus est le messie en ce qu’il nous donne accès à un monde totalement nouveau où nous pouvons partager dès maintenant la condition du Dieu vivant, Père-Fils et Saint-Esprit, don, pardon et don de se donner.

Découvrons le bonheur de la reconnaissance mutuelle et l’abondance qui s'établit dans la réciprocité du don.
 



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