DOMUNI UNIVERSITAS

Paroles vives

Dieu est mouvement

Dieu est mouvement 22 décembre 2015

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 1,39-45.

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.
Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.
Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint,
et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni.
D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.
Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Dieu est mouvement

Deux femmes

Elisabeth et Marie : deux femmes. Il serait donc préférable que ce soient des femmes qui commentent ce récit ! Cela nous changerait, nous ferait bouger…
Car cet évangile parle de mouvement et d’émotion, ce qui est encore un mouvement, un mouvement intérieur. Je vous propose tout d’abord de suivre le mouvement des personnages de ce récit, puis d’analyser le lien profond de la foi avec le mouvement, enfin je vous propose de réfléchir à ce mouvement qui anime le cœur de Dieu et qui le conduit à se rapprocher de nous, à se faire l’un de nous, à se remettre entre nos mains, comme un bébé à Noël.

rapidement

Tout d’abord, cela saute aux yeux, il y a, dans ce récit, le mouvement géographique de Marie qui rend visite à sa cousine. « Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée… ». Elle se met en route, et même elle se met en route « rapidement ». Elle va vers la montagne. Depuis Nazareth calculez, cela fait plus de 150 km. Il ne s’agit pas d’une petite promenade mais de plusieurs jours de marche, à pieds. Pour une jeune femme enceinte, c’est un voyage sérieux. Mais les détails du voyage n’importent pas. A peine nous a-t-on dit qu’elle est partie que l’on conclut : « elle entra dans la maison ». Elle passe de la condition de voyageur à celle de visiteur. C’est encore un changement.
Ensuite c’est Elisabeth qui se met en mouvement. Un mouvement interne cette fois : elle entendit la salutation de Marie, ce qui fait bouger en elle l’enfant qui n’est pas encore né. Il « tressaillit ». Pour Elisabeth, il s’agit d’un mouvement psychologique, passif, qu’elle assume et reconnaît avec joie. Considérée comme stérile et trop vieille, elle change de statut. Elle accueille la salutation de Marie et ressent les mouvements de l’enfant qu’elle interprète comme mouvements de joie. Jean Baptiste, lui, dès avant sa naissance, est déjà actif, comme un vrai prophète ! Sa mère est remplie de l’Esprit Saint, comme l’a été Marie. L’Esprit Saint se communique à l’enfant qui exulte de joie. C’est Elisabeth qui parle. Plus encore : sous l’effet de l’émotion, donc d’un mouvement intérieur, remplie de l’Esprit Saint, elle s’écrie d’une voix forte « Tu es bénie entre toutes les femmes » !

communication immédiate

Vous l’avez peut-être remarqué : Elisabeth n’a pas besoin d’entendre le récit de Marie. Elle est déjà au courant, par un tweet, un sms ou un email, cela n’a pas d’importance. La communication est parfaite, elle est accordée par l’Esprit Saint à la vie qui se manifeste aussi dans sa cousine. Elle est prête à comprendre, à tout comprendre. Elle n’est pas scandalisée par la grossesse de Marie, avant mariage. Elle a tout compris et elle encourage. Plus que cela, elle félicite Marie d’avoir cru.

La foi déplace les gens


Marie a cru puisqu’elle est venue. Le mouvement signe la foi qui déplace les montagnes et donc les gens. Car la foi s’exprime toujours par la mobilité. Entrer dans la foi, c’est entrer dans une relation de confiance qui fait bouger. La foi permet de surmonter la peur du changement, elle communique une confiance qui fait traverser les moments d’inquiétude. La foi guérit de la paralysie. Elle paermet d’affronter l’inconnu. L’homme de foi accepte de ne pas tout contrôler, de ne pas tout comprendre, de ne pas tout maîtriser. Il marche « comme s’il voyait l’invisible », mais il ne le voit pas. « C’est de nuit » Car la vie n’est pas dans la répétition, ni dans l’autonomie mais dans la relation et dans la transmission, dans le changement et le mouvement, dans la confiance et la réciprocité.
Quand on a peur, c’est à dire en l’absence de confiance et de foi, l’on se crispe dans la répétition du même, dans des rituels figés, et la mort n’est pas loin, elle est même déjà là. Toute la Bible est mouvement. Abraham partit, nous dit le livre de la Genèse qui précise en insistant : « et il partit, sans savoir où il allait ! » Jésus est toujours en mouvement et personne ne peut le retenir. Les apôtres aussi s’en vont en mission. « Nul n’est prophète en son pays ».

Dieu est un migrant

Pour comprendre cela il est possible de méditer le mystère même de Dieu, un et trois. Au cœur de la Trinité, disent les théologiens, se trouvent les processions. « Il procède du Père et du Fils » dirons nous tout à l’heure dans le Credo. Le Fils vient du Père, l’Esprit procède du Père et du Fils. Dieu est mouvement. C’est lui le grand migrant, pas seulement parce que Jésus naît au cours d’un voyage et qu’à peine né, sa famille réfugie en Egypte. Dieu est mouvement parce que le Verbe de Dieu vit un dépaysement radical. Il plante sa tente parmi nous dit l’hébreu. Il prend chair, dit le grec. « Sarx egeneto », il devient un être humain. « Lui qui était de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu » écrit saint Paul (Ph 2). Bientôt nous célèbrerons Noël, « Dieu avec nous », Emmanuel. Laissons-nous entraîner dans le mouvement de son amour.
 



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