DOMUNI UNIVERSITAS

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Scandale, énigme, mystère, abîme — voici les termes auxquels on recourt d’ordinaire en philosophie pour désigner les difficultés posées par le mal à qui tente de l’appréhender lors même que son obscurité, sinon son inintelligibilité ajoute à son intensité et, donc, à sa cruauté : jamais nous ne peinons plus à saisir que quand nous souffrons le martyre. Qu’il soit subi ou même commis, le mal fait plus en effet que semer parmi les hommes la zizanie : il jette le trouble dans leurs esprits, les condamnant ainsi à entrer dans un labyrinthe pour se perdre avec lui. Mais en nous invitant à ne pas penser à mal, la célèbre devise de l’ordre de la Jarretière en Angleterre, « Honi soit qui mal y pense », ne nous convie-t-elle pas à ne pas voir le mal partout ? Où n’en serait-il donc pas ? Et comment n’y en aurait-il pas là où on le croit ? Parce qu’il faut bien penser le mal, l’objectif de ce séminaire ne sera pas autre, en prenant chaque fois pour guide un auteur de la tradition dont la réflexion a croisé la question, de dessiner, au gré des paradoxes et des apories, la carte du mal.

Plan


I. Fait et cause : le mal, entre la cause de Dieu (Leibniz, Essais de théodicée) et la théodicée en cause (Spinoza, Lettres à Blyenbergh)
Le mal est un fait auquel on cherche des causes puisqu’il conduit toujours à une série de procès. Le premier n’est autre que celui de Dieu, pour lequel on peut prendre fait et cause – ou pas.

II. Victime et coupable : le mal, entre le bon brutalisé (Kierkegaard, La reprise) et le bon truand (Aristote, Éthique à Nicomaque)
Si nul n’est à l’abri du mal, c’est que le bon, la brute ou le truand peuvent en être aussi bien les victimes que les coupables. Certes, tous nous subissons le mal. Mais nous le commettons aussi.

III. Responsable et coupable : le mal, entre la volonté empêchée (Augustin, Confessions) et la volonté de pécher (Rousseau, Émile)
Coupables du mal que nous faisons, nous n’en sommes pas responsables de la même façon. Ne pas vouloir le bien que nous pouvons n’est pas ne pas pouvoir le bien que nous voulons.

IV. Humain et inhumain : le mal, entre la norme (Kant, La religion dans les limites de la simple raison) et l’idéal (Sade, La Philosophie dans le boudoir)
À moins d’égaler le malin, si nous pouvons très bien vouloir le mal, il semblerait que nous ne puissions le vouloir que pour un bien. Néanmoins, le propre de l’humain n’est-il pas l’inhumain ?

V. Cause et fait : le mal, entre la banalité (Arendt, Eichmann à Jérusalem) et l’assomption (Jonas, Le concept de Dieu après Auschwitz)
Même radical, le mal n’est pas le fait des monstres, tant sa cause principale, quiconque, est quelconque. Nul besoin de mesure d’exception, dès lors, pour ne pas le laisser être la règle.

Référence des ouvrages utilisés

- Arendt, Eichmann à Jérusalem, Paris, Gallimard, coll. ‘‘Folio’’, 1997.
- Aristote, Éthique à Nicomaque, trad. fr. de Jules Tricot (1990), Paris, Vrin, 1997.
- Augustin, Les confessions, Paris, Garnier-Flammarion, 1964.
- La Bible de Jérusalem, Paris, Le Cerf, 2000.
- Jonas, Le concept de Dieu après Auschwitz, Paris, Payot et Rivages, coll. ‘‘Rivages poche’’, 1994.
- Kant, La religion dans les limites de la simple raison, trad. fr. d’Alexis Philonenko, Paris, Gallimard, coll. ‘‘Bibliothèque de la Pléiade’’, 1986.
- Kierkegaard, La reprise, trad. fr. de Nelly Viallaneix, Paris, Garnier-Flammarion, 1990.
- Leibniz, Essais de théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal, chronologie et introduction par Jacques Brunschvicg, Paris, Garnier-Flammarion, 1969.
- Rousseau, Émile, Paris, Garnier-Flammarion, 1990.
- Sade, La Philosophie dans le boudoir, Paris, Gallimard, coll. ‘‘Bibliothèque de la Pléiade’’, 1998.
- Spinoza, Lettres à Blyenbergh, in Traité politique. Lettres, trad. fr. de Charles Appuhn, Paris, Garnier-Flammarion, 1966.