DOMUNI UNIVERSITAS

(ECTS نظام النقاط (الاعتمادات:
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Le petit pain qui ne voulait pas être mangé

Un conte pour tous, même pour les tout-petits

Il était une fois un très joli petit pain.

Le boulanger qui l’avait fait était très heureux de l’avoir façonné. Après avoir moulu très finement sa farine, enfourné sa tournée, il s’était aperçu qu’il lui restait un tout petit peu de farine. Il l’avait prise, l’avait malaxée délicatement et en avait fait un petit pain magnifique qu’il avait tenu précieusement dans le creux de sa main, avant de l’enfourner à son tour.

Au bout de quelques minutes seulement, pressé de voir ce que devenait ce petit pain, il entrouvrit le four, prit sa spatule, la glissa doucement dessous et le sortit aussitôt. Quel ne fût pas son émerveillement de voir ce petit pain, tout doré, beau, moelleux, qui sentait si bon que le magasin s’emplit aussitôt d’une bonne odeur de pain chaud.

Il le sortit et le déposa doucement sur le comptoir pour le laisser refroidir. Puis, lorsqu’il fut froid, le boulanger le plaça dans sa vitrine afin d’attirer le chaland. Il était sûr qu’un si joli petit pain ferait venir du monde.

Hélas c’était sans compter sur le caractère de ce petit pain. !

En effet le boulanger ne se doutait pas de ce qui allait arriver. Son petit pain si beau, si blond, si doré si odorant, si attirant, n’était pas comme les autres. Il savait qu’il était joli, il avait envie de plaire, d’attirer, mais, il refusait délibérément de se laisser manger. Il aimait qu’on le regarde, qu’on l’admire, mais dès qu’il pressentait que la main de la boulangère allait le prendre pour le mettre dans le sac, il se glissait tout à coup sous les autres pains, et disparaissait mystérieusement jusqu’à la fin de la vente. Puis subrepticement il revenait à la surface. Et cela recommençait à chaque vente. Il prenait un air fier, faisait briller son velouté doré, attirait les mains des enfants vers lui, mais dès que la vendeuse s’emparait de la pince pour le prendre délicatement, pfft, il disparaissait.

La boulangère était chaque fois obligée d’en mettre un autre dans le paquet.


Que se passait-il donc ?

Le pain ne voulait pas être mangé. Il avait peur d’avoir mal, de partir dans l’univers curieux des intestins des enfants, il avait tout simplement peur de l’inconnu. Il avait peur de mourir. Il préférait rester avec son boulanger.

Cela dura toute la journée, il était toujours aussi frais.

Mais vers le soir, il sentit qu’il commençait à rapetisser. Sa mie devenait de plus en plus sèche. Il commença à être un peu triste car en le voyant, un petit garçon venait de dire : « non pas celui-là, l’autre à côté s’il vous plait » Le petit pain devint honteux, triste, il était le dernier qui restait de la fournée du matin. Il était seul et n’avait pas d’ami. Les nouveaux petits pains fraîchement cuits, le laissaient de côté.

A la fin de la journée le pain sentit une drôle de sensation, comme s’il se recroquevillait sur lui même. Il continuait à perdre son éclat.

Puisqu’il n’avait pas voulu être mangé, il restait tout seul. Pire, les nouveaux petits pains, désireux d’être vendus, le poussaient peu à peu, si bien qu’à un moment il tomba du comptoir. La boulangère occupée à la vente ne s’aperçut de rien.
Le soir, elle rangea son étalage et prépara la place pour la fournée du lendemain.

Deux jours après, alors qu’elle rangeait son magasin, elle aperçut quelque chose par terre, qu’elle alla dénicher avec son balai. Quelle ne fut pas sa surprise de voir le beau petit pain, tout racorni, avec quelques tâches d’ombre, et un fin duvet qui commençait à pousser.

Hochant la tête, elle le prit et le mit à la poubelle. Dans la soirée, un enfant mal habillé souleva le couvercle de la poubelle et aperçut cette boule brunâtre et dure, la prît mais la rejeta. Ce pain n’avait vraiment pas belle allure, il était dur et moisi…

Le pain désolé, s’aperçut de sa bêtise. Il était rejeté même par les plus pauvres. Il comprît alors qu’il avait raté sa vie. Il n’était bon qu’à être jeté à la poubelle. Il n’aurait servi à rien. Il allait mourir tout seul.

Alors il se prît à rêver : il se voyait dans la main du boulanger, comme avant hier, brillant, magnifique, il voulait tout recommencer ; on le posait dans la vitrine, il se mettait en avant pour qu’on le voie, qu’on le prenne, il partait dans la poche en papier qui devenait toute chaude à son contact. Il se retrouvait dans la main d’une ravissante petite fille qui le regardait, le sentait, le mettait contre ses lèvres, et puis tout doucement le portait à sa bouche. Le petit pain, heureux, se laissait manger. Il était tellement bon, que la petite fille le mangeait doucement, gentiment, en le caressant avant chaque bouchée, et chaque fois qu’elle le mangeait, non seulement il n’avait pas peur, mais il était heureux de donner sa force, son éclat, sa douceur.
Il comprenait tout d’un coup que c’était en se donnant que l’on était heureux.


L’histoire du Figuier qui n’aimait pas les figues

Quelle malchance lorsqu’on est un figuier, de ne pas aimer les figues ! Que s’était-il donc passé pour que notre figuier en arrive là ?

Alors que tous les arbres du jardin étaient heureux à chaque nouveau printemps, notre figuier restait triste. Les autres arbres commençaient à fleurir, heureux des fruits qui viendraient par la suite : l’amandier commençait le premier, puis suivaient discrètement les abricotiers, les pêchers, les cerisiers les pommiers, les poiriers. Mais notre figuier restait toujours aussi triste. Les autres sortaient de leur léthargie, accompagnés des primevères et des violettes dans les champs, mais notre figuier ne bougeait pas. On pouvait lui donner les encouragements les plus sincères, lui, ne changeait rien dans sa façon de faire. Il n’aimait pas les figues. Il ne voyait pas pourquoi il en produirait. C’était la raison qu’il donnait pour expliquer son attitude. Pourtant tout le monde lui disait que les figues étaient si bonnes lorsqu’elles étaient mûres, que les confitures régalaient les enfants, et qu’elles accompagnaient de façon superbe les mets les plus délicats.
Rien n’y faisait.

Mais ce que ne disait pas le figuier, c’est qu’il était jaloux, jaloux des fleurs des autres arbres car lui n’en avait pas. Il se comparait tout le temps. C’était cela qui le rendait malheureux. Il aurait tellement aimé devenir blanc comme les cerisiers, ou rose comme tous les pommiers qui l’entouraient, comme les pruniers avec leurs légères fleurs blanches et surtout rose et blanc comme les poiriers et les pêchers. Le verger au printemps était magnifique, et il ne participait pas à cette beauté puisqu’il n’avait pas de fleurs. Il aurait tant voulu paraître aussi beau qu’eux. Or à force de se comparer, il devenait stérile, car il ne pensait qu’à bouder dans son coin.

Or un jour, il fut réveillé de sa sieste par la conversation de deux hommes qui l’observaient de façon persistante. Ce qu’il entendit provoqua chez lui un grand frisson. Le maître du jardin ne voulait plus de lui et demandait au jardinier de le couper puisqu’il ne donnait pas de fruits.

« A quoi bon lui donner des engrais disait le maître cela fatigue la terre et ne sert à rien puisque les fruits n’arrivent pas ». Le figuier était affolé.

Le jardinier le comprît et répliqua aussitôt : « Maître, laissons le encore un an, et si dans un an il n’a toujours rien donné, alors nous l’abattrons. », puis il fit un clin d’œil au figuier et repartit avec le maître.

Qu’il était gentil ce jardinier ! Ah s’il avait eu des figues ! Il les lui aurait toutes données pour le remercier.

Ce fut à partir de ce moment là que le figuier changea. Il n’avait pas du tout envie de mourir. Il ressentait en lui une étrange sensation. Il venait d’avoir quelques secondes plus tôt cette idée de génie : donner des fruits au jardinier pour le remercier ! C’était vraiment tout à fait nouveau pour lui. Il commençait à s’intéresser aux autres.

D’un seul coup il avait envie de changer, d’être heureux, et de participer à la fête du printemps avec les autres. Il venait de comprendre qu’il devait changer, ne plus regarder ce qu’avait les autres, ne plus se comparer, mais rentrer lui aussi dans cet immense élan de fécondité qui se renouvelait chaque année au printemps !

Cette année-là, il ne fit pas de comédie lorsque le jardinier vint pour élaguer ses branches pour le rendre plus beau, et l’aider à ne pas trop se fatiguer. C’est tout un travail en effet que de produire … Il se laissa bien préparer, mangea l’engrais en en laissant un peu pour les autres. Puis alors que les autres arbres avaient déjà fini de fleurir, il ne pensa qu’à une chose : « remercier le jardinier ». Son souci devint alors de pouvoir donner des fruits, car il savait aussi que tous les figuiers ne produisaient pas des figues au printemps. Mais il pensa si fort au bonheur qu’il allait procurer, que tout naturellement, il sentit venir petit à petit, près des feuilles, de petites bosses qui grossissaient et se développaient de jour en jour, jusqu’à devenir de très beaux fruits : il venait d’inventer ses fleurs à lui, qui étaient à la fois, figues et fleurs, ces fruits si prisés sur les marchés. Il venait tout simplement de s’aimer comme il était, sans fleurs comme les autres arbres, mais avec une grande richesse : celle de rendre les autres heureux.


La Terre et le Coeur

Dis Mamée, C’est quoi le Coeur ?

Pour parler du cœur, il me faut d’abord te parler de la graine. Pourquoi aurait-on besoin d’une terre, s’il n’y avait rien à semer, à recevoir ? La graine, la toute petite graine, est quelque chose d’indispensable. Elle contient tout en germe. Dès qu’elle est jetée par terre, elle ne cherche qu’à donner du fruit. Seulement voilà, pour donner du fruit, il faut qu’elle puisse mourir, c’est à dire libérer ce qui va grandir et donner d’autres graines qui à leur tour, donneront du fruit en mourant. Le but de la graine est de mourir pour revivre autrement.

Et c’est là que le problème est grand. Car pour pouvoir mourir et donner du fruit, il lui faut un endroit qui lui permette de réaliser son but.

Or lorsque la graine tombe sur la route, sur ce macadam brûlant, les marcheurs la foulent aux pieds et l’écrasent, les voitures la font éclater.

Lorsqu’elle tombe dans les ronces, elle est tout de suite recouverte et enfouie au milieu des épines qui l’empêchent de grandir, car elle ne peut recevoir l’eau nécessaire à sa croissance.

Lorsqu’elle tombe dans quelques centimètres de terre, de bonne terre, elle croit qu’elle va pouvoir lever. Alors elle donne tout, et essaie, essaie, mais au bout d’un moment, elle ne peut plus grandir car elle n’a pas été enfouie assez profondément. Elle se met à faner, comme ces pieds de tournesol qui paraissent si maladifs au bord de certains champs, et qui envient ceux qui sont dans le champ, si beaux, grands, forts, et pleins de promesses.

Mais il arrive souvent que la graine tombe dans la bonne terre. Là elle peut s’enfouir, et s’endormir. Alors elle dégage tout ce qui doit grandir et qui n’est alors que promesse. La promesse est quelque chose qui nous pousse en avant. La promesse fait vivre car elle est attente, devenir.

La graine c’est la Parole de Dieu, et c’est pour cela qu’on peut dire qu’elle est destinée à vivre. C’est la Parole de ce Dieu qui ne cherche depuis le début qu’à se donner, qu’à illuminer la vie des hommes, qu’à rentrer en communion avec les vivants. Pour cette Parole, communiquer est indispensable. On ne parle pas tout seul, sinon on est fou. Mais pour parler, il faut être écouté. La Parole désire de tout son être, être écoutée et après, pouvoir se donner. Elle le désire tellement, qu’elle en meurt, mais pour revivre plus fort, plus vrai, plus féconde, et c’est pour cela qu’on la compare à la graine. Il lui faut donc trouver un endroit capable de l’accueillir, pleinement, sans obstacle à sa croissance, un endroit où elle pourra s’épanouir comme une très belle fleur. Il lui faut une bonne terre.

C’est là qu’intervient le Cœur. Mais d’abord, écoute cette histoire :


« La moisson se terminait. Le cultivateur était heureux, la terre avait donné une belle récolte. Elle méritait de se reposer. Pendant quelques mois, il allait la laisser se détendre afin qu’elle soit de nouveau prête à être ensemencée.

La terre savait tout ça. Après s’être donnée, elle connaissait ce temps de repos pendant lequel les oiseaux venaient picorer les vers qu’ils apportaient heureux dans les becs de leurs petits, trop petits encore pour se nourrir eux-mêmes. Elle savait que le cultivateur allait venir brûler le chaume, afin de la rendre encore plus fertile pour la prochaine récolte. Il fallait tout ce temps de repos pour lui permettre de se préparer pour la saison suivante.

Alors au début de l’hiver, viendrait le travail de la charrue. Les lourds socs s’enfonceraient en elle pour la retourner, la rendre souple et belle, lui redonner cette belle couleur brune dont les paysages d’hiver savent si bien se parer.

Ensuite viendrait pour elle le temps de se donner. Elle savait qu’arrivait le temps où elle ne s’appartiendrait plus mais où elle était indispensable à la vie de l’homme. Elle se laisserait pétrir comme on pétrit le pain avant de l’enfourner. Elle s’élargirait le plus possible afin de permettre aux grains qui allaient lui être envoyés, de trouver ce lieu où chacun pourrait s’épanouir au maximum pour pouvoir donner de beaux fruits. Elle aimait être cette belle et bonne terre, et désirait remplir sa mission de son mieux. Car après tout ce travail de préparation, arriverait le temps du semeur. Il viendrait, marcherait dans des sillons bien faits, et lancerait à la volée, les céréales de l’année nouvelle.

Ce serait alors pour elle le temps de la maternité. Et ce temps là, elle ne voulait le rater pour rien au monde. Plus elle était belle, plus la moisson serait importante. Plus elle enfouirait au plus profond d’elle-même ces grains jetés à la volée, plus ils auraient de chance de mourir et de donner de beaux fruits. Il fallait qu’elle encourage ces grains à mourir en elle, car un grain qui ne veut pas mourir, ne porte aucun fruit. Bien sûr, elle ne pourrait pas recevoir tous les grains, cela elle le savait, que pouvait-elle y faire ? Elle avait ses limites elle aussi.
Mais elle était fière de sa mission. Grâce à elle, l’homme mangerait encore une fois et pourrait nourrir sa famille. Elle savait que chaque année ce travail recommençait. Elle était heureuse de se donner. »

Cette terre c’est ton cœur. Il travaille chaque jour car il est toi-même. Tu ne peux rien sans lui, c’est lui qui te donne d’aimer, d’écouter, de savoir dire et de savoir te taire. C’est avec lui que tu souffres avec le malade, que tu te réjouis avec celui qui est heureux, que tu pleures avec celui qui est dans la peine, que tu visites le prisonnier, et donnes du pain à l’affamé. Il travaille tout le temps. Mais pour lui, ce n’est pas du travail, car il le fait en aimant. Le cœur est le lieu où tout le meilleur de ce que tu peux donner et être, se dilate et prend vie.

Prends le temps de reposer ton cœur. Donne lui d’admirer la fleur, d’écouter l’oiseau, de sentir le parfum de la rose et du jasmin, d’être touché par la délicatesse du myosotis, de savourer la framboise et la fraise des bois. Loin d’être du temps perdu, c’est le moment où ton cœur, s’ouvre à l’autre, à la création, à celui qui est proche ou lointain, mais qui est autre, différent, qui attend ton regard, ton écoute et ton amour.

Alors lorsqu’il est bien prêt, le cœur est capable de recevoir le grain de la Parole. Cette Parole qui te permet de comprendre l’autre, de l’aider de l’aimer, de partager, de donner, de te donner et de pardonner. Cette Parole meurt dans ton cœur pour te faire revivre plus forte, plus vraie, plus grande. Le cœur est ce lieu où tu es proche de Dieu, où tu peux lui parler, lui dire que tu l’aimes, et que tu veux le connaître davantage. Le cœur est ce lieu où Dieu est proche de toi, il t’écoute, il t’attend. C’est dans ton cœur que tu peux rencontrer Dieu. Donne lui ton cœur comme la terre se donne à la graine, ainsi la Parole prendra chair en toi. Tu apprendras à voir, à toucher, à goûter, à sentir et à écouter. Alors lorsque tu auras laissé chaque sens de ton corps prendre vie en ton cœur, tu comprendras pourquoi Dieu s’est fait homme. »