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Domuni Universitas

Aimez vos ennemis

12 Fév 0 commentaires

Matthieu 5,38-48

Pour aimer ses ennemis, il faut en avoir !

« Aimez vos ennemis ». La première évidence, c’est que pour aimer ses ennemis, il faut en avoir… Je me méfie de cette qualité qu’on attribue à saint Dominique : « comme il aimait tout le monde, tout le monde l’aimait ». Jésus a fini exclu et condamné à mort. Il avait à l’évidence beaucoup d’ennemis. Il n’a jamais caché que disciple devrait aussi porter sa croix, connaître la persécution, à cause de la justice, à cause de la vérité, à cause de son nom. Comment a-t-on pu confondre les chrétiens avec des « béni oui oui », mous et passifs à souhait ? Si Jésus est mort, c’est parce qu’il a mené une lutte à mort contre tous les processus de mort, non pas jusqu’à ce que mort s’en suive, mais jusqu’à ce que vie s’en suive ! Il est faux, il est pervers de dire que Dieu l’a sacrifié, que le Père a donné son Fils : c’est nous qui l’avons tué ! Si Jésus est mort, c’est à cause de son combat pour l’homme méprisé, prenant sans cesse sur lui l’exclusion dont étaient victimes les faibles de son temps, malades, pécheurs publics, samaritains, païens… Il touchait les lépreux, il mangeait avec des gens non fréquentables, il allait toujours là où il ne fallait pas. On l’a traité de tous les noms, d’ivrogne et de glouton, de samaritain c'est-à-dire d’hérétique, et même de démon.

Impossible de vivre l'Evangile sans rencontrer des oppositions, donc sans avoir des ennemis

Comment pourrait-on vivre l’Evangile à sa suite, sans rencontrer résistances et oppositions farouches à son projet d’accueil et de réconciliation ? L’amour authentique, catholique c'est-à-dire universel, heurte de front les fausses solidarités, réflexes de clans et mafias d’intérêts. Celui qui s’oppose aux égoïsmes de groupe, concentre contre lui la violence du statu quo, les habitudes de discrimination, ce que l’on peut appeler le péché social et collectif. Il est donc normal, il est donc parfaitement sain, pour un chrétien, d’avoir des ennemis. Le contraire serait suspect et nous pouvons nous interroger si nous ne sommes pas de temps en temps attaqués. Emmanuel Mounier l’a clairement manifesté dans son livre « L’affrontement chrétien ».

***

La paix, à quel prix ?

Une fois précisé qu’il est normal de rencontrer des inimitiés, la question se pose de savoir comment en triompher. La paix dont il nous arrive de rêver, serait-elle la suppression radicale de l’ennemi ? C’était Hitler qui disait « J’ai le don de simplifier les problèmes », mais la « solution finale » est une atroce simplification. L’attitude juste est celle d’accepter que le conflit puisse durer, comme situation normale d’un affrontement qui va durer et mûrir progressivement. S’y dérober par violence sur autrui ou par violence intériorisée, sont deux voies sans issue. L’existence de l’altérité ne peut pas être éliminée. Comment alors se comporter au cœur du conflit et inventer son propre chemin ?

Garder l'initiative

L’Ancien Testament proposait « œil pour œil, dent pour dent », c’était déjà limiter les représailles au niveau strict de l’agression. Mais on reste dans une attitude de réaction, de mimétisme, de répétition. « Quand on te frappe sur la joue droite, présente l’autre joue » nous dit Jésus. Il ne s’agit pas seulement d’être actif (il me reste toujours une autre joue pour ‘faire front’), il s’agit surtout de garder les moyens d’une riposte inattendue. Comment réagir de manière souverainement libre ? En gardant toute sa liberté d’inventer des chemins nouveaux, en provoquant l’autre à la réflexion, en l’entraînant dans une logique nouvelle, qui le déroute et le place sur de nouveaux terrains. Tandis qu’on le frappait, Jésus lui-même n’a pas tendu l’autre joue, il a posé une question « pourquoi me frappes-tu ? » A la question de Pilate « qu’est-ce que la vérité ? » Jésus n’a pas voulu, à tout prix, avoir le dernier mot, il l’a laissé sur sa question, le renvoyant à ses responsabilités. Il y a des silences parfois qui sont assourdissants et ce silence-là retentit encore maintenant.
Jésus ne manipule pas ses ennemis, il ne les emmêle pas dans une diplomatie compliquée. Il donne à chacun d’exister pleinement là où il est. Et ce choix créateur suppose une force intérieure infiniment plus puissante, que celle de vouloir se débarrasser de tous les obstacles, pour exister enfin seul. Il est vrai cependant que ce choix radical pour la vie, se paie au prix fort, au prix parfois de sa propre mort…
Nietzche a reproché à Jésus, comme à Socrate, d’avoir piégé la cité : d’avoir enfermé Jérusalem, comme Athènes, dans la culpabilité. Mais le propre du pervers est de reprocher à l’autre ce qu’il fait lui-même constamment. Il n’y a dans l’histoire qu’un seul procès, celui de la vie, celui de la vérité. Qui, de Jésus ou de Caïphe, de Socrate ou des sophistes, de Jeanne d’Arc ou de l’évêque Cauchon, de Savonarole ou du pape Borgia, d’Allende ou de Pinochet, des folles de la place de mai ou de Videla, qui était vraiment vivant ? Qui, du dernier prix Nobel ou du président chinois est vraiment libre et ouvre l’avenir ? Entre ces deux camps, y aurait-il une troisième voie ? Nous nous trouvons ici devant des extrêmes entre lesquels il est forcé de choisir.

***

Accepter le conflit, établir des procédures de discussion

Il y a pourtant un autre type de conflit, qui n’est pas celui du bien et du mal mais celui de deux possibilités dont l’une n’est pas meilleure que l’autre nécessairement. L’Europe est faite de nations qui, pendant des siècles ont vécu en ennemies. Elles ont enfin renoncé à vouloir l’emporter, et ce qu’elles ont gagné ensemble va bien au-delà de ce qu’elles auraient obtenu seules, en triomphant. Les conflits ont-ils disparu ? Non, bien évidemment, mais ils se sont déplacés.
A une tout autre échelle, permettez-moi de vous parler de notre communauté. S’il se présente un problème, nous avons trop de solutions, et il n’y a personne au-dessus de nous pour imposer la sienne. D’une certaine manière, en démocratie, le conflit est permanent. Ce qu’il faut inventer, ce sont les processus de prise de décision, la règle du jeu, le droit, qui permette à chacun de s’exprimer, à égalité, librement. En dernière analyse, le droit quand il est bien fait, est une incarnation de la charité.

L'ennemi n'est pas lointain

L’erreur de Hutchinton, dans son livre « l’affrontement des civilisations » est de présenter les ennemis comme lointains. En Europe, les chrétiens se sont battus entre chrétiens, En Afrique ou au Moyen Orient, les musulmans se battent entre musulmans. En Algérie, il y a eu certes des martyrs, comme Pierre Claverie ou les moines de Thiberine, mais ils représentent combien de chrétiens sur 200 000 assassinés ? En Irak, en Syrie, les chrétiens sont persécutés mais les guerres ne se sont pas déclenchées contre eux. La difficulté, avec l’ennemi, c’est qu’il est souvent très proche, dans la famille ou au travail. L’amour de l’ennemi se confond souvent avec l’amour du prochain.
 

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,38-48.

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Vous avez appris qu'il a été dit : œil pour œil, dent pour dent.
Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l'autre.
Et si quelqu'un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.
Et si quelqu'un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.
Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t'emprunter.
Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.
Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent,
afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ?
Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant ?
Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

 

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